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Maladie de Crohn : la folle histoire du caca

J’ai pas mal de choses à raconter ces temps ci, et c’est pour ça que je ne poste rien. C’est d’une logique écrasante.

Ce matin je me suis levée avec cet arrière goût un peu lointain de la mise au placard que j’ai subie à la fin de ma grossesse, après avoir travaillé dur des années pour obtenir des projets, qui m’ont finalement tous été retirés par une personne qui va nécessiter un article avec le mot « p*te » écrit de nombreuses fois… (et je reviendrai également sur l’assourdissant étonnement que ces faits aient pu être provoqués par une autre femme. Eh oui, moi qui crois en l’avenir de la solidarité entre femmes, au non-sacrifice des carrières lorsqu’on a un enfant, certaines méritent encore le mot « p*te », même si je déteste ça. Enfin, en tant qu’insulte, parce que je respecte beaucoup plus les travailleuses du sexe que je croise régulièrement rue Saint Denis que cette personne en particulier, dont ce n’est absolument pas le métier, au demeurant.)

Et comme ce goût est trop prononcé en ce moment, donc, je réserve ça pour un peu plus tard. Ahah.

J’ai décidé de parler d’un truc plus cool, même s’il s’agit d’un grand tournant pour moi et d’une décision difficile à respecter au quotidien.
Aujourd’hui, je vais vous parler pour la première fois de ma maladie. (de la première fois directement, puisque j’avais déjà abordé le sujet des médicaments).

 

La maladie de Crohn

La maladie de Crohn est une maladie dont on parle peu, alors qu’elle touche des dizaines de milliers de personnes rien qu’en France. J’ai l’impression d’en parler tout le temps, pour ma part, et pourtant ma mère me disait il y a peu « Tu n’en parles jamais. Je ne sais pas ce que c’est ».

Je connais des personnes touchées de MICI ou assimilé qui n'en parlent simplement jamais. Vous savez pourquoi ? Parce que personne n'a envie d'entendre parler de caca. Pas la peine d'être un génie de la communication pour le comprendre. On n'attend donc pas le premier "Ah ! C'est dégoutant !" pour se taire.

Suivant ce cheminement, je ne vais pas vous traumatiser en vous parlant de caca aujourd'hui. On pourra, qui sais, aborder le sujet plus tard ? En titrant un article "le caca est ton ami", par exemple ? "Le Charme discret de l'intestin" a été un succès, après tout.

Comme quoi, la notion de ventre comme deuxième cerveau commence à faire son chemin (alors que nous sommes au courant depuis des décennies. Quand je vous dis que personne ne veut parler de caca !)

 

Médicament et alimentation

Lorsqu’on est atteint de Crohn, il n’existe pas une multitude de traitements. D’ailleurs, il n’existe pas de traitement. C’est une maladie auto-immune incurable. C’est ce que nous dit le gastroentérologue au retour de la coloscopie (calmez-vous, on ne fait plus de coloscopie en anesthésie locale, faut vous calmer avec cet examen).
Les traitements s’attaquent aux symptômes, puisque le mal est jugé incurable. Notre système immunitaire s’attaque à notre propre corps, réduisant l’efficacité de nos intestins et de notre colon à un niveau proche de zéro. Je vous parlerai mieux de la maladie le jour où vous serez prêts pour cette histoire de caca.

Les traitements proposés sont récents, et très invasifs. Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, rien n’existait, si ce n’était une carte « urgence toilette » à présenter en cas de nécessité pour doubler tout le monde dans les toilettes publiques. Globalement, les malades qui ont le choix vont préférer rester chez eux.

Il y a aussi les timbrés comme moi qui se disent « je ne me laisserai pas faire !! » et développent une tolérence aux toilettes publiques de tout accabit.

Grosse force mentale.

Bref, après une cure drastique de cortisone qui permet de connaître l’expérience de la drogue sans jamais s’être drogué de sa vie, on ne propose que trois traitements, qui ne fonctionnent pas nécessairement sur vous : un immunosupresseur sous forme de cachet à prendre tous les jours un anti TNF en injection à se faire tous les 15 jours un anti TNF en perfusion, à l’hôpital, tous les six mois

Pour ma part, je prends, enfin, je prenais (j’ai du arrêter pendant la grossesse) le deuxième : une piqure tous les 15 jours.

 

Les anti TNF : la farandole magique des effets secondaires

Voici la liste des effets secondaires de ce médicament, dont le coût mensuel total est de 900€ (pour plus de détail, cliquez ici). Vous pouvez remercier Sanofi pour moi (en plus des MICI comme la maladie de Crohn, il est utilisé pour de nombreuses autres maladie auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde, par exemple).

La liste est longue, mais lisez la jusqu’au bout. Ce serait dommage de rater la leucémie ou la sclérose en plaque. Si vous êtes phobique des maladies graves, ne commencez même pas cette lecture. L’article se poursuit après sans que j’y revienne :

  • Éruption cutanée sévère, de l‘urticaire, ou d‘autres signes de réactions allergiques, gonflement de la face, des mains, des pieds, gêne respiratoire, gêne en avalant, essoufflement au cours de l’activité physique ou en position allongée ou gonflement des pieds
  • Fièvre, sensations de nausées ou de malaise, plaies, problèmes dentaires, brûlures en urinant
  • Sensation de faiblesse ou de fatigue, toux, fourmillements, engourdissement, vision double, faiblesse des bras ou des jambes
  • Bouton ou plaie ouverte qui ne cicatrise pas
  • Signes et symptômes évocateurs de troubles sanguins tels que fièvre persistante, contusions, saignements, pâleur
  • Maux de tête, douleurs abdominales, rash , douleurs musculo-squelettiques
  • Infections : systémiques (y compris empoisonnement du sang et grippe), intestinales (y compris gastroentérite), cutanées (y compris cellulite et zona), de l’oreille, buccales (y compris infections dentaires et boutons de fièvre), des organes de reproduction, urinaires, fongiques, articulaires, neurologiques (y compris méningite virale), oculaires, bactériennes
  • Tumeurs bénignes
  • Cancer
  • Réactions allergiques (y compris allergie saisonnière)
  • Déshydratation
  • Troubles de l’humeur (y compris dépression), anxiété, sommeil difficile
  • Troubles sensitifs tels que fourmillements, picotements ou engourdissement
  • Migraine
  • Compression des racines nerveuses (y compris douleurs au bas du dos et douleurs dans les jambes)
  • Troubles de la vision, inflammation oculaire, de la paupière et gonflement des yeux
  • Vertiges (sensation d’étourdissement ou de tête qui tourne), sensation de battements de cœur rapides, hypertension, bouffées de chaleur
  • Hématomes (accumulation de sang en dehors des vaisseaux sanguins)
  • Toux, asthme, souffle court
  • Saignements gastro-intestinaux, dyspepsie (indigestion, ballonnement, brûlure gastrique), reflux acide
  • Syndrome de Gougerot-Sjögren (y compris sècheresse oculaire et de la bouche)
  • Démangeaisons, ecchymoses, inflammation cutanée (telle qu’eczéma)
  • Cassure des ongles des mains et des pieds, transpiration excessive, chute des cheveux
  • Apparition ou aggravation d’un psoriasis
  • Spasmes musculaires
  • Présence de sang dans les urines, problèmes rénaux
  • Douleur thoracique
  • Œdème (gonflement)
  • Diminution du nombre de plaquettes sanguines, ce qui augmente le risque de saignements ou d’hématomes
  • Mauvaise cicatrisation
  • Infections opportunistes (incluant la tuberculose et d’autres infections qui surviennent lorsque la résistance aux maladies est diminuée)
  • Diverticulite (inflammation et infection du gros intestin)
  • Cancer affectant le système lymphatique
  • Mélanome
  • Troubles immunitaires qui peuvent affecter les poumons, la peau et les ganglions lymphatiques (se présentant le plus souvent comme une sarcoïdose)
  • Vascularite (inflammation des vaisseaux sanguins)
  • Tremblements (frissons)
  • Neuropathie (maladie des nerfs)
  • Accident vasculaire cérébral
  • Perte d’audition, bourdonnements d’oreilles
  • Sensation de battements cardiaques irréguliers tels que palpitations
  • Troubles cardiaques qui peuvent provoquer un essoufflement ou un œdème des chevilles
  • Crise cardiaque
  • Poche dans la paroi d’une grosse artère, inflammation et caillot dans une veine, obstruction d’un vaisseau sanguin
  • Maladie pulmonaire pouvant entraîner un essoufflement (y compris inflammation)
  • Embolie pulmonaire (obstruction d’une artère du poumon)
  • Épanchement pleural (accumulation anormale de liquide dans la cavité pleurale)
  • Inflammation du pancréas qui peut provoquer une douleur intense dans l’abdomen et le dos
  • Difficulté à avaler
  • Inflammation de la vésicule biliaire, calculs dans la vésicule biliaire
  • Stéatose du foie
  • Sueurs nocturnes
  • Cicatrice
  • Faiblesse musculaire anormale
  • Lupus érythémateux disséminé (y compris inflammation de la peau, du cœur, du poumon, des articulations et des autres systèmes d’organes)
  • Sommeil interrompu
  • Impuissance
  • Leucémie (cancer affectant le sang et la moelle osseuse)
  • Réactions allergiques sévères avec choc
  • Sclérose en plaques
  • Troubles neurologiques tels qu’inflammation du nerf oculaire et syndrome de Guillain-Barré pouvant entraîner une faiblesse musculaire, des sensations anormales, des fourmillements dans les bras et le haut du corps ;
  • Arrêt de la fonction de pompage du cœur
  • Fibrose pulmonaire (formation de tissus cicatriciels dans les poumons)
  • Perforation intestinale (trou dans l’intestin)
  • Hépatite
  • Réactivation du virus de l’hépatite B
  • Vascularite cutanée (inflammation des vaisseaux sanguins dans la
    peau)
  • Syndrome de Stevens-Johnson (les symptômes précoces incluent malaise, fièvre, maux de tête et rash)
  • Érythème polymorphe (rash inflammatoire de la peau)
  • Angioedème (gonflement localisé de la peau)
  • Lymphome hépatosplénique à lymphocytes T (cancer hématologique rare souvent mortel)
  • Carcinome à cellules de Merkel (un type de cancer de la peau)
  • Insuffisance hépatique
  • Aggravation d’une maladie appelée dermatomyosite (caractérisée par une éruption cutanée accompagnant une faiblesse musculaire)
  • Taux faibles de globules blancs, de globules rouges, de plaquettes de calcium dans le sang, de phosphate dans le sang, de potassium dans le sang
  • Élévation des taux de lipides dans le sang, des enzymes hépatiques, des taux d’acide urique dans le sang
  • Taux anormaux de sodium dans le sang
  • Taux élevés de lactate déshydrogénase dans le sang, de sucre dans le sang de bilirubine (test sanguin du foie)
  • Présence d’anticorps dans le sang

 

En dehors du dernier point, tous ces effets sont COURANTS. Il touche entre une personne sur dix et une personne sur cent. Quand je la relis aujourd’hui, elle me fout encore plus les boules que le jour où j’ai du la lire la première fois avec l’infirmière de l’hôpital, tout en me sentant comme obligée de dire « ok » pour prendre ce médicament maintenant que j’étais allée si loin et que j’étais là pour la journée dans cet hôpital de jour. Maintenant, ça me paraît stupide, mais on ne réagit pas toujours exactement comme on se l’imagine devant le fait accompli.

J’ai pris ce médicament pendant 3 ans. Personnellement, je ne m’en suis rendue compte qu’après avoir arrêté l’année dernière, mais j’ai eu droit à un élégant gonflement du visage, des mains et des pieds qui m’ont donc vallu des remarques agréables sur la nécessité que j’avais de perdre du poids. Maintenant, j’ai l’impression de me retrouver dans le miroir, et mon alliance est trop grande. Probablement quelques soucis dentaires ont également découlé de la prise de ce médicament.

 

L’arrêt des anti TNF

J’ai donc arrêté ce traitement il y a un an, par nécessité, car le recul est trop faible pour connaître les conséquences sur l’enfant à naître. Malgré cette liste d’effets alarmante, le corps médical m’a demandé de continuer à prendre le médicament jusqu’au sixième mois de grossesse, alors qu’il est contre-indiqué à plus de trois mois. Je n’ai écouté personne. Il était hors de question que petit Harry Potter serve de cobaye. Je devais reprendre ce médicament après l’accouchement, après une visite à mon gastro entérologue.

Il est de l’hôpital public d’être difficile d’accès, et donc je n’ai pas eu de rendez-vous avant le mois de mai. Au moment où j’écris, je n’ai toujours pas eu ce rendez-vous. Pendant et après la grossesse, mon crohn est revenu en force. J’ai été TRÈS malade.
Lorsqu’on me demande si j’ai eu un accouchement hémorragique pour avoir gagné une transfusion de trois litres de sang trois jours plus tard, je réponds que non, c’est ma grossesse qui a été hémorragique. Et ça a continué après.

Lorsqu’on est en convalescence et qu’en plus on doit s’occuper de son tout petit nourrisson, être faible et particulièrement handicapant. Mais glissons. Tout ça pour dire : à peine le traitement arrêté, les symptômes sont revenus en force. Une vraie arnaque.

Depuis longtemps, j’avais décidé que je profiterai d’une éventuelle grossesse pour arrêter et tester d’autres choses, plus naturelles. Mais quoi ?

 

Alimentation : premier test pour m’en sortir

Le jour où ma mère m’a dit « Tu n’en parles jamais. Je ne sais pas ce que c’est », c’était aussi pour me raconter qu’elle était allé à une convention sur Crohn, pour en savoir plus. Elle en avait entendu parler lors d’une émission sur France Inter. Dans cette émission, elle avait entendu Jeanne Deumier, l’autrice du livre « Diagnostiquée Crohn ». Elle me l’a offert, je l’ai lu, j’ai testé.

Jeanne Deumier part de loin, de beaucoup plus loin que moi, en terme d’éducation alimentaire et d’ouverture aux médecines parallèles. Son parcours a donc été long et plein de remises en question, car c’est très difficile d’arrêter de se dire « mais non, c’est des conneries ».

"c'est des conneries" : la bouffe bio, l'ostéopathie, l'acupuncture, la naturopathie, le refus de l'industrie agro-alimentaire, la permaculture, etc
Arrêter d’employer le terme « charlatanisme », et tester.
Je sais, parce que je connais des gens comme ça. Des gens qui piétinent constamment mes opinions et la façon dont je vis. Ce en quoi je crois. L’alimentation saine (que je connais, même si je ne la pratique pas), le soin du corps, le lien corps-esprit, la spiritualité, l’environnement, la réduction des déchets, même le tri des déchets. Il n’y a pour eux qu’un seul chemin dans la vie, et les autres sont bien idiots. Si tout le monde faisait pareil, on se ferait bien chier, quand même. Mais certains persistent à vouloir que tout le monde vive comme eux vivent, à ce que tout le monde pense comme eux pensent.

Jeanne Deumier a arrêté tout traitement pour son Crohn et changé son alimentation de façon drastique lorsqu’elle n’a pas souhaité suivre le traitement que moi j’ai pris. J’ai décidé de m’imposer ces quelques principes, pas si compliqués, pour débuter :

  • manger bio. Donc moins de pesticides, de produits chimiques sur les fruits et légumes, dans les céréales, les huiles, etc. Ça tombe bien, j’ai été élevée là dedans, et je sais déjà parfaitement où est la biocoop la plus proche de chez moi ;
  • ne manger que ce que je me prépare moi-même ;
  • arrêter les préparation industrielles. Toutes. Pas que les plats préparés (que je mange déjà peu, de toute façon), mais ce qui est pré-préparé, comme la sauce tomate, les gâteaux, les crèmes desserts…
  • ne manger que des fruits et légumes de saison (il faut aussi que je me renseigne sur les saisons de pêche).

Pas évident de prendre ce genre de décision lorsqu’on a une cuisine anti-pratique et un gourmand invétéré à la maison. Parce que non, je n’allais pas prendre cette décision seule. Je vis avec un époux, et un bébé. Si tout le monde ne se loge pas à la même enseigne, on le sait, tout est voué à l’échec. Au bout du rouleau de la santé, j’ai fait part de ma décision à Monsieur et la décision a été acceptée sans problème.

 

Premiers constats

Voilà dans quelle aventure je me suis donc lancée il y a un mois. Ce n’est pas facile, croyez-moi.
J’ai perdu l’habitude d’équeuter les haricots verts, comme quand j’étais petite, d’émonder mes tomates, de presser mes citrons. La plupart du temps, je me prive carrément de dessert. Bizarrement, c’est ce que j’ai le moins le temps de préparer. Mais je suis en exploration.

C’est tellement pratique d’ouvrir une boite de sauce tomate, une bouteille de jus de pomme ou un sachet de parmesan rapé. Mais c'est plus appétissant de manger du vrai. Non ?

Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est qu’en à peine quinze jours de changement d’alimentation, les symptômes se sont déjà atténués ! Je suis impressionnée.

Je suis aussi un peu honteuse de ne pas l’avoir fait depuis bien longtemps alors que je le voulais. Ça a pris du temps pour me mettre en action. Nous sommes souvent notre propre frein. Cela sortait sans doute trop de ma zone de confort.
Les quelques écarts que j’ai pu faire n’ont pas fait de mystère : rechute directe de l’état de santé. Malbouffe ou trop gras : adios l’énergie, bonjour les symptômes.
L’important, c’est de tenir bon et continuer après les écarts. J’espère qu’en vous en parlant, cela m’empêchera de me décourager.

C’est de tout ça dont j’ai envie de parler ici en ce moment. J’y reviendrai, donc, pour donner des nouvelles, un peu.

Si cela vous intéresse, voici les liens vers les livres cités dans cet articles, qui sont de petites perles si vous êtes comme moi, ou si vous avez envie d’en savoir plus* :

Avez-vous vécu des situations similaires ? Vous suivez aussi ce type de préceptes ? Comment est-ce que ça se passe pour vous ?

Ce sujet vous a plu ? Vous voulez en savoir plus ? Laissez un commentaire !

* : eh oui j’avais parlé de ces remarques sur mon poids ici
**: attention, je ne change pas de régime alimentaire, je mange toujours tout ce que j’aime, mais selon les quatre principes cités plus haut
*** : les liens sont affiliés. Pourquoi ? Eh bien parce qu’en accumulant les centimes gagnés avec l’affiliation, peut-être que d’ici… 5 ans ? Je pourrais enfin m’acheter un scanner pour enfin vous montrer des dessins propres et pas des photos retouchées toutes caca. Merci d’avance pour votre clic-achat ! 😉

Je suis grosse et je m’aime

Depuis quelques temps, je lis de plus en plus d’articles sur les filles rondes qui s’assument enfin, sur le body positive, sur l’acceptation de soi malgré les kilos, sur les diktats de la maigreur, bref, les articles de plein de femmes, comme moi, qui sont grosses et se trouvent belles quand même.

Alors, je vous préviens direct : moi, je dis « grosse ». Pour toutes les filles qui vont du surpoids à beaucoup plus, parce que merde, je vais pas différencier tout le monde, ou faire comme si le mot « grosse » n’existait pas. Mon amoureux a horreur que j’emploie ce terme, il a peur que je me dévalorise. Mais en fait, pas du tout : au contraire, il m’aide à dire des choses du genre « je suis grosse, je m’aime et je t’emmerde » (pas à mon mari, qui m’aime à la folie comme je suis, plus mince et plus grosse aussi, mais à tous ceux qui me renvoient justement cette image dévalorisée de moi). Donc je pourrais employer les mots « rondes », « plus size », « curvy », qui sont très à la mode, mais si ce n’est pour éviter une répétition, je ne les emploierai pas ici (même si je trouve que « curvy » est un joli mot).

Je vois donc tous ces articles, et ça me renvoie forcément à des choses très personnelles. Je n’ai pas toujours été grosse. C’est même très récent. Je ne suis pas, comme le voudrait le cliché qu’on me renvoie régulièrement à la figure, une goinfre orgiaque sans aucune volonté, merci. Il y a un millier de raisons d’avoir du poids, toutes aussi éloignées les unes les autres de ce cliché encombrant et déplacé.
Pour ma part, j’ai pris du poids suite à un traitement médicamenteux, puis à un régime alimentaire lié à ma maladie (on parle de traitement lourd et de régime qui dure plusieurs mois ici, pas de la guérison d’une grippe), puis, sans doute à cause de ces changements dans ma vie et à mon traitement invasif, j’ai continué, un peu chaque mois, à prendre, régulièrement, sans que ça ne s’arrête plus jamais.

Et oui, je suis aussi gourmande. Je pourrais être devenue parano, m’être affamée quand j’ai commencé à me voir grossir (après les 15 premiers kilos, tout de même), avoir enchainé les régimes, pleuré, essayer de rentrer dans mes fringues trop petites. Mais non, j’aime manger, je suis gourmande (ce qui signifie que j’aime un tas de choses et pas que le gras, les petits amis, on va essayer d’abattre les préjugés), je n’ai aucune envie de me priver pour un peu plus ou un peu moins de hanches ou de seins.

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Mais cela m’a fait réfléchir, beaucoup. Car après une bonne vingtaine de kilos supplémentaires un peu partout sur mon corps, j’ai du refaire connaissance avec moi-même, apprendre à connaitre cette nouvelle silhouette, à ne pas la subir au quotidien, avec les vêtements trop petits, par exemple. Cela m’a aussi fait réfléchir à mon rapport à mon corps, tout au long de ma vie. A l’impact de la société et des diktats de la minceur ou de la maigreur sur moi. A l’impact de ma famille aussi.

Car pendant tout ce temps, alors que j’étais si mal de ne plus pouvoir m’habiller, de tourner entre 3 t-shirt et 1 jean (car pour faciliter les choses, ma prise de poids est arrivée en pleine période de vaches maigres), ma mère continuait à me dire lorsqu’elle me voyait, ou que j’ai commencé à acheter mes vêtements en 40, puis 42 (j’ai arrêté de lui en parler quand je suis allée au delà) :

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C’est ma mère qui m’a fait prendre conscience de tout ce baratin, de toute cette pourriture que j’ai pu avoir dans la tête.
Pourquoi est-ce qu’il fallait songer à perdre du poids ? Je rentrais dans du 40 la première fois qu’elle m’a fait la remarque, et n’étais absolument pas en surpoids. Ma tête s’est remplie d’un courant glacial, comme si elle m’avait jetée, comme si mes kilos faisaient de moi quelqu’un de pas assez bien pour elle.
Avoir du poids était comme devenir un gros mot ambulant, une insulte à la bonne santé, un panneau en 4 par 3 disant « je ne prends plus soin de moi, je ne m’aime plus, je suis une grosse vache ». Et ce, depuis une toute petite taille 40.

Lorsque j’ai enfin pu acheter de nouveaux vêtements à ma taille (j’avais alors atteint un bon 42 et gagnais joyeusement sans m’en rendre compte le 44), que j’ai commencé à réapprendre à me mettre en valeur, à m’habiller en me trouvant belle, et que je lui en ai fait part avec bonheur (« je ne suis enfin plus habillée comme un sac ! Youhouh !!!) J’ai de nouveau entendu « Il faudrait perdre un peu de poids, Bérengère ». Pas un commentaire sur la jolie jupe que je venais de m’acheter.

Depuis quand ça durait ? Et qu’est ce qu’elle savait de la perte de poids, elle, qui est grande et d’une nature maigre ?
J’ai alors repensé à un truc horrible. Quand j’avais 15 ans, 48kg pour 1m60 (je fais désormais 1m62), sportive mais avec un petit ventre qui m’est naturel et n’est jamais parti malgré des années de séances d’abdos, elle m’a dit :

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Si on t’a dit ça à toi aussi, le truc du « si tu fais 1m60 tu dois faire 50kg, si tu fais 1m73, tu dois faire 63 kg, laisse moi te confirmer : c’est du

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Le poids de forme ne se trouve pas comme ça et il est très dépendant de la morphologie de la personne. Il est d’ailleurs toujours plus élevé que PILE ta taille en centimètres moins 110.
J’avais 15 ans, putain. Je faisais un 85B et j’avais rien dans les hanches. Sérieusement, COMMENT j’aurais pu ne pas dépasser 50kg ? J’ai même continué à grandir (Bon, ok, j’ai pris 2 cm).

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Bien entendu, j’ai caché à ma mère ma prise de poids jusqu’à 50kg, puis 52 à mes 18 ans, puis 54 à mes 20 ans. Et je les vivais comme une honte de la fille qui ne savait pas gérer son poids.
Avec le recul, il est évident que tous ces kilos n’étaient que la nature qui s’était logée dans mon cul, dans mes seins, mes hanches, parce qu’il se trouve que je ne suis absolument pas foutue comme ma mère. Je suis PULPEUSE.

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Lorsque j’ai travaillé, je suis arrivée dans un bureau rempli de filles au régime. Elles étaient belles, intelligentes, compétentes, sympas, et au régime. Je me suis dit « avec mes 56kg, j’ai du poids à perdre. Je dois retrouver mes 52kg de mes 18 ans, j’étais bien ». J’avais 23 ans et j’avais les mêmes mensurations que Scarlett Johanson à la même époque (mais ça ne m’a pas arrêtée). Lorsque j’ai dit à mes parents que je suivais un régime (pas bien invasif, un weight watchers), ils ne m’ont pas dit « pourquoi ? » ou « ça sert à rien ». Ils m’ont dit « tu devrais faire attention, les régimes comme ça, ça a souvent un effet yoyo ». Je suis assez persuadée que j’ai du sortir ce genre de conneries à d’autres personnes aussi. Bien sûr, oui, il y a l’effet yoyo. Mais à quel moment tu envoies le message que NON, ta fille n’a pas besoin de régime ?

Le pire, c’est que pendant les années qui ont suivi, à chaque fois que je prenais un kilo, tout mon entourage me disait « Oh, tu es bien en ce moment, tu as perdu du poids, non ? » Eux aussi étaient persuadés qu’on valait plus avec moins de poids. J’avais bonne mine, j’avais les joues plus roses, il m’arrivait forcément un truc positif. J’avais l’air en BONNE SANTÉ, j’avais FORCÉMENT perdu du poids.
En fait, j’avais pris du poids. Oui j’étais en bonne santé de manger à ma faim et avec plaisir tout ce que je voulais, j’étais en fait plus ronde, plus appétissante, et OUI ça me donnait bonne mine et l’air joyeux et épanoui.
Et ils croyaient TOUS que j’avais perdu du poids parce que dans leur tête c’était ça, le truc positif.

Alors je ne blâme pas celles qui ont fait des régimes, qui en font encore. On a chacun notre propre vision de notre corps et de notre santé. Nous sommes inégaux face au poids, face à la prise et à la perte de poids, face à l’impact qu’il a sur notre santé. Sachez qu’une personne grosse n’est pas nécessairement en mauvaise santé. Donc arrêtez de vous cacher derrière cette excuse lorsque vous nous faites des remarques, merci. La prise de poids n’est pas non plus une preuve de laisser aller. Elle peut aussi être une preuve de bonheur (on connait tous ces couples qui prennent des kilos les premiers mois de leur relation).

J’ai donc pris ce recul sur mon passé, j’ai revu mon entourage m’envoyer continuellement des messages prônant la maigreur, je me revois me lamentant sur mon poids, espérant le perdre, encore et toujours, même quand je n’en avais pas besoin.

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Déjà, c’est pas vrai, j’étais pas grosse. Et puis ce qui était très vrai, c’est que je ne m’aimais pas. Maintenant, de ce point de vue là, ça va beaucoup mieux. Oui je m’aime avec mon gros cul rebondi, avec mes seins qui me gênent lorsque je dors sur le ventre, avec mon ventre gonflé à bloc.

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Même que je m’aime encore mieux. Je veux bien soutenir les copines qui cherchent à perdre du poids, mais elles ne m’entendront jamais dire que « c’est bien ». Je m’en fous de votre cul, de votre poids, de vos gros bras, je vous aime toutes entières comme ça. J’ai aimé mon mari avec ses 110kgs moelleux quand je l’ai rencontré et que j’étais un petit gabarit, je ne l’aime pas moins maintenant et il ne m’aime pas moins non plus. Mon poids ne m’empêche pas de continuer à marcher beaucoup, voyager, créer.

Je ne sais pas pourquoi ma mère continue constamment à me dire de perdre du poids. Pour moi il était évident ces derniers temps que ma maladie, mes problèmes de fatigue et le fait que j’aie été sans domicile fixe (mais pas à la rue, certes) pendant 1 an et demi étaient des soucis autrement plus importants pour moi à régler. Il faut croire que les kilos, c’est trop voyant. Et puis on a toujours été douées pour s’inquiéter de choses très différentes, dans la vie.
C’est vrai que j’en veux à ceux qui m’ont envoyé tous ces messages restrictifs (et j’ai pas parlé de ceux concernant mes poils, je vous ai épargné ça, mais c’était pas triste non plus), maintenant je dois me diriger sur le chemin de l’apaisement et du pardon.

Mais ce sont nos parents, notre famille, notre entourage proche. Ils ont une influence sur nous, qu’ils le veuillent ou non, et que nous le voulions ou non.

Ne laissez pas tous ces gens avoir ce pouvoir sur vous. Aime toi, aime toi et aime toi encore. Eux, ne sauront jamais ce que tu penses, ce que tu vis et ce que tu ressens. Ils n’ont aucun droit sur toi.

Aime toi.

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PS : Bon, comme j’en ai un peu mis dans la tête de ma pauvre maman dans cette note alors qu’elle a rien demandé, la prochaine fois je parlerai de mon père. Et vous verrez, on va bien se marrer.

PPS : Pour ce billet et le précédent, j’ai fait beaucoup de colorisation à la main, pour changer ? Ça vous plait ou vous préférez quand je colorise à l’ordinateur ?

RAM, RSI : je cours après ma santé, mais mieux informée !

J’aurais pu faire un édit de mon post RSI, RAM, CPAM : quand c’est la santé qui aura ma peau, mais je préfère écrire carrément un nouvel article pour raconter la brève suite de cette histoire de RSI, de RAM, bref, de sécurité sociale pour les néophytes.

Non, le RSI n’a pas passé la 5e pour traiter mon dossier. Malheureusement, et on a vraiment l’impression qu’ils ont étudié le problème pour éviter l’ingérence des assurés, c’est la RAM qui reçoit le dossier, mais elle le transmet par la suite au médecin conseil du RSI et c’est au RSI que ton petit dossier va trainer puis être traité selon leur bon vouloir, sans possibilité de savoir où ça en est.

Pendant cette semaine où ça a été la course, j’ai appris plusieurs choses :

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C’est à votre médecin traitant de faire votre suivi de soins, et donc de vous prévenir quand la prise en charge touche à sa fin. Faut-il encore qu’il y jette un coup d’œil de temps en temps. En plus s’il est informatisé, il peut lancer un protocole d’urgence. Je devrais peut-être changer de médecin traitant…

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Je n’ai jamais réussi à joindre quelqu’un pour ma mutuelle. Du coup je ne suis pas prise en charge entre mes deux ALD.

45_ram04Ce qui signifie que je serai remboursée des 300€ que je devrai payer à mon pharmacien (correspondant au tiers payant de mon médicament mensuel qui vaut un mois de salaire) puisque ma mutuelle a décidé que c’était pas la peine de répondre à ses assurés.

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Déjà, je l’avais dit dans mon post, j’avais réglé un maximum de choses dès le lendemain, notamment grâce à la RAM qui a des bureaux dans Paris, à côté du métro. C’est gris et tristoune mais il n’y a jamais la queue et on est bien accueilli.
Les agents sont très sympathiques et à l’écoute. Les agents du RSI sont sympas aussi, mais franchement plus durs à trouver (dans le 15e arrondissement, il faut entrer dans un immeuble et les trouver au fond d’un couloir derrière une porte coulissante sans aucun panneau indicatif —si ça n’a pas changé depuis ma dernière visite), et te renvoient souvent vers la RAM. Le RSI, ça a vraiment l’air d’être une bande de peureux qui veut jamais avoir à affaire avec les assurés. Peu de bureaux, peu de contacts, pas de réseaux sociaux, un tas d’autres sites qu’eux en première page de recherche Google.

Je remercie également la RAM d’avoir été réactive suite à mon post sur twitter, j’avoue que je ne m’y attendais pas. Il m’ont contactée et après avoir constaté qu’ils ne pouvaient pas m’avancer puisque tout était entre les mains du RSI, se sont fendus de plates excuses, ce que, j’avoue, je trouve très élégant.

Merci le community manager de la RAM.

Voici un petit extrait de leur message :

La validation d’un 100% au titre d’une Affection de Longue Durée (ALD) est traitée par le Médecin Conseil du RSI. De fait la Ram n’a pas la possibilité d’intervenir à ce sujet, notre organisme sera averti en même temps que vous de la prolongation afin de mettre votre dossier à jour (…) J’ai bien compris que l’absence d’un courrier de rappel pour la prolongation de votre ALD était le principal reproche formulé () Toutefois votre mécontentement vis à vis de notre organisme n’en est pas moins compréhensible et nous allons étudier les possibilités d’amélioration afin d’éviter ce genre de situation à l’avenir (…) Enfin je vous prie d’accepter nos excuses pour le désagrément occasionné par cette situation. Je reste à disposition si besoin et vous souhaite une bonne journée.

Bon, à partir de maintenant je vais devoir harceler le RSI, me rendre dans leurs bureaux, puisque eux sont invisibles sur les réseaux sociaux. Ils ont du en avoir marre de se faire insulter à longueur de temps.

En vous souhaitant une bonne santé, à bientôt !

PS : bien entendu j’ai passé tous les passages techniques, répétitifs par rapport à ma note, ou personnels dans le message que la RAM m’a adressé via twitter.

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RSI, RAM, CPAM : quand c’est la santé qui aura ma peau

Il fallait que ça arrive, le RSI a encore fait des siennes (enfin, la RAM, mais elle n’a pas encore atteint la notoriété du RSI, donc je raccourcis pour les néophytes). Vous vous souvenez de mes misères administratives (les médicales, parce que je n’ai jamais résolu mon problème de RSA) ?
Eh bien hier, je vais à la pharmacie commander mon médicament en toute innocence…

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J’entame donc une longue et triste campagne de harcèlement du RSI, de la RAM (même si les agents d’accueil sont toujours adorables avec moi), de l’État qui laisse tomber ses malades incurables. Vous pouvez m’accompagner, si vous le souhaitez, d’abord sur twitter, puis / ou relayer sur le média de votre choix pour mettre en avant le fait que les caisses d’assurance maladie, toutes utiles soient-elles (attention, je suis POUR le système de solidarité français et POUR l’assurance maladie qui sont des acquis sociaux hautement important à mes yeux. Je déteste juste la façon dont l’administration à la française a le don de compliquer à l’extrême les choses simples) ne préviennent plus les assurés de la fin de leur prise en charge, malgré les traitements à plusieurs centaines ou milliers d’euros sur lesquels ils ne peuvent se permettre de faire l’impasse.

Bref, vous comprendrez ma colère et mon dénuement face à l’incohérence d’une administration dépassée et de plus en plus vide de sens, voire de sens commun (c’est pire).

 

PS : j’ai fait de nombreuses démarches depuis hier pour tenter de résoudre ce souci au plus vite. Et histoire de prévenir les éventuels commentaires qui voudront m’apprendre la vie, et ceux qui ne connaissent vraiment pas ce type de procédure : oui, il est écrit sur la demande de protocole la date limite de celui-ci. En revanche, vous vous souvenez de ce genre de choses, vous, des années plus tard ? Un courrier, c’est vraiment pas de trop.

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#Leprixdelavie : quand les labos décident qui doit vivre ou mourir

Avant de commencer cet article un peu long, comme à chaque fois que j’aborde un sujet grave, je fais ce petit rappel : excusez certains de mes raccourcis, je compte avant tout sur une connaissance minimum du sujet et de l’actualité. Je n’ai, par ailleurs, pas de vocation journalistique. Je donne ici mon opinion, car je suis concernée par le sujet, comme lorsque j’évoquais le harcèlement de rue relayé par les grands médias.

Avez-vous vu la campagne Médecins du Monde qui circule sur les réseaux sociaux qui a été interdite d’affichage ? Une pétition a été lancée à sa suite pour faire baisser le coût des médicaments.

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J’ai vu plusieurs réactions sur la vénalité des médecins que je trouve tout à fait déplacées et preuve d’une grande ignorance : bien qu’ils soient démarchés par les laboratoires, ils ont la possibilité de faire leurs choix avec intelligence et n’ont aucun impact sur les prix des médicaments. Qu’ils fassent les mauvais choix a plus de rapport avec leur discernement qu’avec les laboratoires à proprement parler.
Les laboratoires, eux, profitent, dans tous les sens du terme, du marché de la santé. Ce sont eux qui fixent les coûts. Pas seulement en fonction du prix de recherche et de fabrication d’un médicament, mais aussi de la rareté des utilisateurs. Plus votre maladie sera rare, plus il sera difficile de la diagnostiquer, et plus il sera difficile de trouver un laboratoire qui travaille dessus. Vous n’êtes pas assez rentable. Vous méritez visiblement de mourir à leurs yeux. Et ça, ça me rend absolument folle.

Vous trouvez que pour les médicaments classiques, ce n’est pas si cher ? Avez-vous essayé d’aller dans une pharmacie sans carte vitale ? Avez-vous tout au long de l’année regardé le détail de vos décomptes de sécu et calculé l’argent que vous aviez économisé ? Parce si il y a bien un autre truc qui me rend folle, ce sont les gens qui critiquent la sécu. Savez-vous combien elle vous aidera lorsque vous déclarerez un cancer ? Ah, vous n’y avez pas réfléchi.

Je vais vous donner un exemple très concret. Il y a 3 ans, on m’a diagnostiqué une maladie chronique, une MICI. Ce n’est pas une maladie rare. C’est même une maladie de plus en plus courante (en constante augmentation d’après une étude Empimad), probablement à cause du stress grandissant de notre génération, des pesticides dans la bouffe et des OGM. Mais bon, je suis pas là pour cracher sur ces politiques même si je le pense très fort. J’ai une maladie qui se soigne depuis une dizaine d’années. On m’a d’abord bourrée de cortisone pendant plusieurs mois pour calmer ma crise. Puis, je suis passée a des petits pilules immunodépressives, qui n’ont pas vraiment eu d’effet. C’est alors qu’on m’a proposé un traitement plus invasif, un anti TNF utilisé depuis quelques années pour les maladies auto immunes qui s’avère très efficace. Ce traitement comporte des effets secondaires particulièrement désagréables, qui peuvent aller jusqu’au cancer et à la sclérose en plaque. On ne peut pas vraiment dire qu’il soit parfait. Mais il est largement répandu, au delà des MICI (polyarthrite rhumatoïde, maladie de Crohn…). J’ai dit oui à ce traitement et j’ai appris à l’utiliser à l’hôpital (il s’agit d’une piqure, les petits loups). Puis, j’ai du l’acheter moi-même pour me faire ma première piqûre. Voici ce qui s’est passé :

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Au passage, lorsque l’on décide d’interpeler SANOFI sur twitter, leur réaction est : « Nous ne parlons pas de nos produits publiquement ». Oui. Je comprends. Tout ce qui pourrait ressortir d’une conversation publique serait vraiment

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(Vous connaissez twitter, j’ai renoncé à trouver le tweet exact dans ma timeline. J’ai donc uniquement retranscrit le sens de leur réponse. Mais si vraiment ça vous turlupine, je prendrai le temps de le faire).

Une dernière info qui ne me concerne pas et que je ne dessinerai pas mais qui, je l’espère, vous fera hurler :33_medicaments22
Avez-vous vu ce petit extrait du zapping dans un labo avec un chercheur qui nous explique que le remède au cancer du sein a été trouvé (extrait du documentaire « Le Prodit ou la vie » de Frédéric Castaignède). Et où il explique aussi… Que le labo l’a abandonné car pas assez rentables. On y revient : nous méritons de mourir lorsque nous ne sommes pas assez rentables. Et on passera sur Bayer qui poursuit la Commission Européenne pour avoir restreint l’usage de ses pesticides… qui tuaient les abeilles… indispensables pour l’écosystème. SANS BLAGUE ??? Mais je m’égare.

Voilà pourquoi ce sujet, trop méconnu, du profit des laboratoires, du coût des médicaments et de la mort, me touche à ce point. J’espère que ça vous aura touché aussi et que vous réagirez en conséquence. Moi en tout cas, ce n’est pas la société dans laquelle je veux vivre.

(n’oubliez pas de relayer la campagne et que vous pouvez utiliser le hashtag #Leprixdelavie )

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