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Les affres de l’été : le poil, le short et l’oppression féminine

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Je pourrais me décrire entre la flemmarde et la militante du poil.
Ne croyez pas que c’est un sujet sans importance. En tant que femme, on a ses premiers poils vraiment voyants vers l’âge de 11/12 ans (sauf si vous êtes très blonde et / ou gâtée par la nature), et on les garde jusqu’à la fin de sa vie, ou, plus exactement, on les enlève de son corps jusqu’à la fin de sa vie.
Sujet encore plus préoccupant, donc, que les règles, dans le temps mais également dans la fréquence, puisque, si vous êtes adepte de l’épilation plutôt que du rasage (les filles qui me demandent pourquoi je ne me rase pas sont définitivement blondes), il faut s’épiler environ toutes les 3 semaines pour que la peau soit visible par n’importe qui sans « heurter » la vue d’autrui.

Avec un tel constat de base, vous comprendrez que je m’arrêterai sur cette dernière notion : heurter.
J’en suis nécessairement venue à me demander pourquoi mes poils et ceux des autres femmes, aussi naturels que notre peau, nos cheveux, la couleur de nos yeux, « heurtent » les autres. Les hommes et les femmes. En quoi cela fait d’une personne quelqu’un de négligé, de sale ?
Ne pas avoir de poil est une mode récente en France, elle est arrivée à l’après guerre avec les soldats américains, car les américaines, elles, s’épilaient. Il ne s’agit donc pas d’une quelconque tradition ancestrale. On peut aussi prendre pour exemple l’épilation du pubis : il suffit de regarder un film érotique des années 70 pour comprendre que les poils à cet endroit n’heurtaient personne avant que dieu sait qui lance une mode du pubis nu. Et pourtant, tu ne peux pas sortir un poil dans la rue sans qu’on te regarde de travers.

Je pense que ce sont ces réflexions qui m’amènent de mon simple statut de flemmarde (la fille qui s’épile l’été et pas l’hiver, ou la fille qui s’épile que quand elle met une jupe) à celui de « militante du poil », celle qui les porte en le sachant et s’en fout royalement.
J’en ai MARRE qu’on me dise quoi faire de mon corps. J’en ai MARRE de cette obligation sociale pourrie, venue de nul part, et oppresse toutes les femmes.

Oui, je vous assure, ça nous oppresse. Je vais vous dire pourquoi. L’épilation, ça fait mal. Très mal parfois, ça brûle aussi. Je me suis fait brûler pas plus tard qu’au mois de juillet. Et pourtant, la société (car j’ignore les vrais coupables) cible toutes ces zones à épiler (de façon plus ou moins impérative) :

  • les jambes
  • les cuisses
  • les orteils
  • les bras (pour les très brunes qui n’assument pas leur pilosité à cet endroit)
  • la moustache
  • les sourcils
  • les aisselles
  • le dos
  • le pubis
  • l’aine
  • les fesses
  • les parties génitales
  • tout ce qui est de près ou de loin poilu ailleurs sur le corps

Avec les années, je me demande simplement pour quoi ? Pour qui ? Donc oui, je m’épile comme tout le monde, pliant sous la pression générale (et c’est pourquoi je n’atteint pas le statut de « militante »), mais cet été j’ai été flemmarde et ai constaté que personne ne m’avait jeté des cailloux dans la rue.
Il parait que l’important c’est de s’aimer soi-même. Qu’en tant que femme, on se fait belle avant tout pour soi et pas pour les autres. Si on a un peu de jugeotte, on ne s’habille clairement pas pour les hommes, mais bien pour nous. Cela me parait une évidence. Pourtant, si on veut se laisser ses poils pour nous, personne ne cautionne. C’est le tabou du corps de la femme, le dernier vrai tabou, maintenant que tout est révélé sur le sexe, le point G, l’orgasme, l’éjaculation féminine, la pensée des femmes (pour ceux qui y croient), leurs goûts, leurs désirs, leurs combats.

Mais PERSONNE ne veut entendre parler de leurs putain de poils.

Je vous laisse méditer là dessus.

PS : il va de soi que lorsque je parle de « blonde », je parle strictement au premier degré. JAMAIS je n’emploierais ce mot de manière péjorative comme trop de gens le font trop souvent. Je trouve ça nul et déplacé.

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Je vais te baiser : Pourquoi la voix d’un homme compte-t-elle plus que celles de 100 femmes ?

Pour cet article à venir, je vous demande un peu d’indulgence : trop de choses se bousculent qui devraient être racontées mais on n’a pas assez de place ici 🙂 Je n’ai pas écrit de thèse sur le sujet, ceci est un blog, j’y exprime simplement mon point de vue. Je vais donc faire de mon mieux, et rester sur mon sujet, j’espère que vous suivrez, et si vous avez des questions vous savez quoi faire !

Je voulais réagir à l’article que je n’ai pas arrêté de voir circuler, nommé « Je vais te baiser ». Relayé par différents médias type l’Obs, le Monde, etc. Au début, je n’ai pas voulu lire cet article, le titre m’avait rebutée. Trop lu de récits d’agressions, ai trop vu d’agressions. Pour rappel, j’ai 35 ans, ça fait donc une bonne vingtaine d’années que je suis affublée de « salope » dans la rue, entre autres. Bref, à force de voir apparaitre et apparaitre encore cet article et ses relais dans les médias, j’ai fini par lire le papier de l’Obs à ce sujet.

Je ne parlerai pas du contenu de l’article à proprement parler, mais de l’impression choquante générale qu’un article de ce genre est, comme par hasard, relayé au moment où il est écrit par un homme. Car cette histoire d’agression, de harcèlement de rue, est racontée par un homme, de son point de vue.

Puisqu’il faut toujours replacer les choses lorsqu’on s’apprête à parler de féminisme, ou d’un point de vue féministe (et ça devient lassant), sous peine de se faire traiter de tous les noms (quelle ironie ! L’égalité devrait pourtant commencer ici) : je pense qu’un homme peut être féministe et soutenir la cause des femmes. C’est même génial. C’est très bien que ce gars aie écrit cet article sur cette femme agressée dans le métro. Tant mieux si ça ouvre les consciences. Ce n’est pas ce qui m’a choquée ici :

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Continuez, s’il vous plait, à parler de tout ça, à multiplier les récits.

Envahissez les réseaux sociaux, racontez vos agressions (je poste un tweet à chaque fois que ça m’arrive), racontez combien de fois ça vous est arrivé, depuis combien de temps, sinon, comment se rendraient-ils compte ?

Qu’enfin, plus jamais je n’entende une seule personne me dire de nouveau :

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Le jour où un ami m’a précisément dit cette phrase, il a même été surpris de la vitesse à laquelle je lui ai affirmé qu’il pouvait demander à n’importe quelle fille présente, toutes répondraient qu’elles avaient déjà subi des harcèlements de rue. Non seulement c’était le cas, mais sa propre copine avait subi une agression sexuelle dans le métro (on définit malheureusement trop mal une agression sexuelle et on les minimise trop souvent), et une autre amie présente avait subi une tentative de viol. Et encore, je ne parle pas de moi, parce que ce n’est pas l’heure, ni de toutes celles de ma connaissance qui n’étaient pas présentes, et je n’oublie pas celles qui n’ont jamais osé en parler, car elles n’en existent pas moins.

Je ne crois pas que ce soit trop demander que la parole qu’on écoute systématiquement ne soit que celle des hommes.

Lisez, écrivez, PARTAGEZ, et que les hommes qui me lisent comprennent enfin : une femme qui parle de harcèlement, d’inégalités, d’agressions sexuelles, ou même qui tient simplement d’autres propos féministes n’est pas une femme qui se plaint. C’est une femme qui alerte, car seules les femmes peuvent le faire. C’est une femme qui évoque simplement sa réalité, en tant que femme dans notre société.
Il n’y a pas de raison de mettre en doute sa parole. Ce n’est pas une hystérique (d’ailleurs ce mot ne devrait plus être utilisé, puisqu’il désigne un mal imaginaire, je vous invite à vous renseigner). C’est ta sœur, ta femme, ta mère, ta voisine, ta fille, ta petite-fille (oui, ta petite fille de 11 ans qui est probablement déjà en train de se faire traiter de pute par ses petits camarades de classe).
Elle mérite autant que n’importe quel homme d’être écoutée, entendue, relayée. Moi, je demande juste : pourquoi ce n’est pas déjà le cas ?

Merci de m’avoir lue.

*  d’après l’étude réalisée par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh)

• Pour en savoir plus sur ce sujet, je vous invite à lire cette note de Diglee dans laquelle on perçoit nettement à quel point la voix d’un seul homme a plus de poids que les voix de centaines de femmes : Angoulême 2016 et sa bourde sexiste

• De manière générale, je vous invite à lire le blog de Diglee, qui en plus d’être drôle et d’avoir un dessin génial, écrit de façon bien plus renseignée sur le sujet : http://diglee.com/

• Je vous invite également à lire la très récente note de mon amie Madame Sourire de son point sur la question de vue de professeur au collège, et comment elle travaille tous les jours avec passions pour offrir le meilleur à ses élèves et faire en sorte de faire évoluer les mentalités (oui, je l’admire beaucoup !) : Mais Madame, vous êtes féministe, vous ?

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