amour

Merci, merci, encore merci

Pour tous les retours positifs que j’ai eu suite à mon dernier article. Vous êtes des personnes formidables, et j’avoue que je ne pensais pas toucher autant de monde en exprimant simplement mon expérience sur mon poids et l’image que j’ai eu de moi-même et celle que j’en ai maintenant.
J’avais prévu une tout autre note pour aujourd’hui, mais celle-ci s’est imposée d’elle-même, évidemment, même si je suppose que pas un dixième de la note « Je suis grosse et je m’aime » verrons ce message là. Ce n’est pas grave, l’intention est lancée à l’univers et j’espère que ça donnera la pêche aux autres lectrices et lecteurs qui sont venus ici et se sont sentis concernés.

Vous n’imaginez pas (ou peut-être que si, en fait) à quel point il est incroyablement galvanisant de savoir que non seulement on n’est pas seul, mais en plus on peut toucher d’autres personnes.
Je n’ai pas fini de répondre à tout le monde dans les commentaires (j’espère pouvoir le faire, la dernière fois qu’un de mes articles a touché autant de monde, je n’ai pas pu venir à bout de tous les commentaires…), j’ai eu une semaine vraiment bizarre, en fait, mais je vais le faire au fur et à mesure.

Je suis également heureuse de voir et savoir que vous êtes très nombreuses (nombreux ? Je n’ai pas eu de commentaires masculins) à vous aimer telle que vous êtes, ou bien êtes engagées sur ce chemin. Si vous avez reçu un message positif en lisant mon message, sachez que vous me l’avez bien rendu en m’envoyant autant d’amour et de positif en retour. Je suis vraiment très émue aujourd’hui. C’est grâce à vous.

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Pour celles qui ont toujours du mal à s’aimer à cause de leur corps : j’espère de tout mon cœur que vous y arriverez un jour, le chemin vers l’acceptation peut être long mais il est magnifique et bordé de centaines de petites réussites du quotidien.

J’avais clos mon article par un « aime toi », et aujourd’hui, c’est moi qui vous aime.

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Je suis grosse et je m’aime

Depuis quelques temps, je lis de plus en plus d’articles sur les filles rondes qui s’assument enfin, sur le body positive, sur l’acceptation de soi malgré les kilos, sur les diktats de la maigreur, bref, les articles de plein de femmes, comme moi, qui sont grosses et se trouvent belles quand même.

Alors, je vous préviens direct : moi, je dis « grosse ». Pour toutes les filles qui vont du surpoids à beaucoup plus, parce que merde, je vais pas différencier tout le monde, ou faire comme si le mot « grosse » n’existait pas. Mon amoureux a horreur que j’emploie ce terme, il a peur que je me dévalorise. Mais en fait, pas du tout : au contraire, il m’aide à dire des choses du genre « je suis grosse, je m’aime et je t’emmerde » (pas à mon mari, qui m’aime à la folie comme je suis, plus mince et plus grosse aussi, mais à tous ceux qui me renvoient justement cette image dévalorisée de moi). Donc je pourrais employer les mots « rondes », « plus size », « curvy », qui sont très à la mode, mais si ce n’est pour éviter une répétition, je ne les emploierai pas ici (même si je trouve que « curvy » est un joli mot).

Je vois donc tous ces articles, et ça me renvoie forcément à des choses très personnelles. Je n’ai pas toujours été grosse. C’est même très récent. Je ne suis pas, comme le voudrait le cliché qu’on me renvoie régulièrement à la figure, une goinfre orgiaque sans aucune volonté, merci. Il y a un millier de raisons d’avoir du poids, toutes aussi éloignées les unes les autres de ce cliché encombrant et déplacé.
Pour ma part, j’ai pris du poids suite à un traitement médicamenteux, puis à un régime alimentaire lié à ma maladie (on parle de traitement lourd et de régime qui dure plusieurs mois ici, pas de la guérison d’une grippe), puis, sans doute à cause de ces changements dans ma vie et à mon traitement invasif, j’ai continué, un peu chaque mois, à prendre, régulièrement, sans que ça ne s’arrête plus jamais.

Et oui, je suis aussi gourmande. Je pourrais être devenue parano, m’être affamée quand j’ai commencé à me voir grossir (après les 15 premiers kilos, tout de même), avoir enchainé les régimes, pleuré, essayer de rentrer dans mes fringues trop petites. Mais non, j’aime manger, je suis gourmande (ce qui signifie que j’aime un tas de choses et pas que le gras, les petits amis, on va essayer d’abattre les préjugés), je n’ai aucune envie de me priver pour un peu plus ou un peu moins de hanches ou de seins.

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Mais cela m’a fait réfléchir, beaucoup. Car après une bonne vingtaine de kilos supplémentaires un peu partout sur mon corps, j’ai du refaire connaissance avec moi-même, apprendre à connaitre cette nouvelle silhouette, à ne pas la subir au quotidien, avec les vêtements trop petits, par exemple. Cela m’a aussi fait réfléchir à mon rapport à mon corps, tout au long de ma vie. A l’impact de la société et des diktats de la minceur ou de la maigreur sur moi. A l’impact de ma famille aussi.

Car pendant tout ce temps, alors que j’étais si mal de ne plus pouvoir m’habiller, de tourner entre 3 t-shirt et 1 jean (car pour faciliter les choses, ma prise de poids est arrivée en pleine période de vaches maigres), ma mère continuait à me dire lorsqu’elle me voyait, ou que j’ai commencé à acheter mes vêtements en 40, puis 42 (j’ai arrêté de lui en parler quand je suis allée au delà) :

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C’est ma mère qui m’a fait prendre conscience de tout ce baratin, de toute cette pourriture que j’ai pu avoir dans la tête.
Pourquoi est-ce qu’il fallait songer à perdre du poids ? Je rentrais dans du 40 la première fois qu’elle m’a fait la remarque, et n’étais absolument pas en surpoids. Ma tête s’est remplie d’un courant glacial, comme si elle m’avait jetée, comme si mes kilos faisaient de moi quelqu’un de pas assez bien pour elle.
Avoir du poids était comme devenir un gros mot ambulant, une insulte à la bonne santé, un panneau en 4 par 3 disant « je ne prends plus soin de moi, je ne m’aime plus, je suis une grosse vache ». Et ce, depuis une toute petite taille 40.

Lorsque j’ai enfin pu acheter de nouveaux vêtements à ma taille (j’avais alors atteint un bon 42 et gagnais joyeusement sans m’en rendre compte le 44), que j’ai commencé à réapprendre à me mettre en valeur, à m’habiller en me trouvant belle, et que je lui en ai fait part avec bonheur (« je ne suis enfin plus habillée comme un sac ! Youhouh !!!) J’ai de nouveau entendu « Il faudrait perdre un peu de poids, Bérengère ». Pas un commentaire sur la jolie jupe que je venais de m’acheter.

Depuis quand ça durait ? Et qu’est ce qu’elle savait de la perte de poids, elle, qui est grande et d’une nature maigre ?
J’ai alors repensé à un truc horrible. Quand j’avais 15 ans, 48kg pour 1m60 (je fais désormais 1m62), sportive mais avec un petit ventre qui m’est naturel et n’est jamais parti malgré des années de séances d’abdos, elle m’a dit :

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Si on t’a dit ça à toi aussi, le truc du « si tu fais 1m60 tu dois faire 50kg, si tu fais 1m73, tu dois faire 63 kg, laisse moi te confirmer : c’est du

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Le poids de forme ne se trouve pas comme ça et il est très dépendant de la morphologie de la personne. Il est d’ailleurs toujours plus élevé que PILE ta taille en centimètres moins 110.
J’avais 15 ans, putain. Je faisais un 85B et j’avais rien dans les hanches. Sérieusement, COMMENT j’aurais pu ne pas dépasser 50kg ? J’ai même continué à grandir (Bon, ok, j’ai pris 2 cm).

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Bien entendu, j’ai caché à ma mère ma prise de poids jusqu’à 50kg, puis 52 à mes 18 ans, puis 54 à mes 20 ans. Et je les vivais comme une honte de la fille qui ne savait pas gérer son poids.
Avec le recul, il est évident que tous ces kilos n’étaient que la nature qui s’était logée dans mon cul, dans mes seins, mes hanches, parce qu’il se trouve que je ne suis absolument pas foutue comme ma mère. Je suis PULPEUSE.

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Lorsque j’ai travaillé, je suis arrivée dans un bureau rempli de filles au régime. Elles étaient belles, intelligentes, compétentes, sympas, et au régime. Je me suis dit « avec mes 56kg, j’ai du poids à perdre. Je dois retrouver mes 52kg de mes 18 ans, j’étais bien ». J’avais 23 ans et j’avais les mêmes mensurations que Scarlett Johanson à la même époque (mais ça ne m’a pas arrêtée). Lorsque j’ai dit à mes parents que je suivais un régime (pas bien invasif, un weight watchers), ils ne m’ont pas dit « pourquoi ? » ou « ça sert à rien ». Ils m’ont dit « tu devrais faire attention, les régimes comme ça, ça a souvent un effet yoyo ». Je suis assez persuadée que j’ai du sortir ce genre de conneries à d’autres personnes aussi. Bien sûr, oui, il y a l’effet yoyo. Mais à quel moment tu envoies le message que NON, ta fille n’a pas besoin de régime ?

Le pire, c’est que pendant les années qui ont suivi, à chaque fois que je prenais un kilo, tout mon entourage me disait « Oh, tu es bien en ce moment, tu as perdu du poids, non ? » Eux aussi étaient persuadés qu’on valait plus avec moins de poids. J’avais bonne mine, j’avais les joues plus roses, il m’arrivait forcément un truc positif. J’avais l’air en BONNE SANTÉ, j’avais FORCÉMENT perdu du poids.
En fait, j’avais pris du poids. Oui j’étais en bonne santé de manger à ma faim et avec plaisir tout ce que je voulais, j’étais en fait plus ronde, plus appétissante, et OUI ça me donnait bonne mine et l’air joyeux et épanoui.
Et ils croyaient TOUS que j’avais perdu du poids parce que dans leur tête c’était ça, le truc positif.

Alors je ne blâme pas celles qui ont fait des régimes, qui en font encore. On a chacun notre propre vision de notre corps et de notre santé. Nous sommes inégaux face au poids, face à la prise et à la perte de poids, face à l’impact qu’il a sur notre santé. Sachez qu’une personne grosse n’est pas nécessairement en mauvaise santé. Donc arrêtez de vous cacher derrière cette excuse lorsque vous nous faites des remarques, merci. La prise de poids n’est pas non plus une preuve de laisser aller. Elle peut aussi être une preuve de bonheur (on connait tous ces couples qui prennent des kilos les premiers mois de leur relation).

J’ai donc pris ce recul sur mon passé, j’ai revu mon entourage m’envoyer continuellement des messages prônant la maigreur, je me revois me lamentant sur mon poids, espérant le perdre, encore et toujours, même quand je n’en avais pas besoin.

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Déjà, c’est pas vrai, j’étais pas grosse. Et puis ce qui était très vrai, c’est que je ne m’aimais pas. Maintenant, de ce point de vue là, ça va beaucoup mieux. Oui je m’aime avec mon gros cul rebondi, avec mes seins qui me gênent lorsque je dors sur le ventre, avec mon ventre gonflé à bloc.

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Même que je m’aime encore mieux. Je veux bien soutenir les copines qui cherchent à perdre du poids, mais elles ne m’entendront jamais dire que « c’est bien ». Je m’en fous de votre cul, de votre poids, de vos gros bras, je vous aime toutes entières comme ça. J’ai aimé mon mari avec ses 110kgs moelleux quand je l’ai rencontré et que j’étais un petit gabarit, je ne l’aime pas moins maintenant et il ne m’aime pas moins non plus. Mon poids ne m’empêche pas de continuer à marcher beaucoup, voyager, créer.

Je ne sais pas pourquoi ma mère continue constamment à me dire de perdre du poids. Pour moi il était évident ces derniers temps que ma maladie, mes problèmes de fatigue et le fait que j’aie été sans domicile fixe (mais pas à la rue, certes) pendant 1 an et demi étaient des soucis autrement plus importants pour moi à régler. Il faut croire que les kilos, c’est trop voyant. Et puis on a toujours été douées pour s’inquiéter de choses très différentes, dans la vie.
C’est vrai que j’en veux à ceux qui m’ont envoyé tous ces messages restrictifs (et j’ai pas parlé de ceux concernant mes poils, je vous ai épargné ça, mais c’était pas triste non plus), maintenant je dois me diriger sur le chemin de l’apaisement et du pardon.

Mais ce sont nos parents, notre famille, notre entourage proche. Ils ont une influence sur nous, qu’ils le veuillent ou non, et que nous le voulions ou non.

Ne laissez pas tous ces gens avoir ce pouvoir sur vous. Aime toi, aime toi et aime toi encore. Eux, ne sauront jamais ce que tu penses, ce que tu vis et ce que tu ressens. Ils n’ont aucun droit sur toi.

Aime toi.

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PS : Bon, comme j’en ai un peu mis dans la tête de ma pauvre maman dans cette note alors qu’elle a rien demandé, la prochaine fois je parlerai de mon père. Et vous verrez, on va bien se marrer.

PPS : Pour ce billet et le précédent, j’ai fait beaucoup de colorisation à la main, pour changer ? Ça vous plait ou vous préférez quand je colorise à l’ordinateur ?

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