La question de la quantité ou de la qualité sur une session d’ écriture n’est pas toujours celle qui nous vient en premier, préoccupés que nous sommes à terminer déjà ce premier fichu paragraphe, si Dieu le veut.

Pourtant, il a un véritable aspect “bloquant”. c’est ce que certains vont appeler “l’éditeur intérieur”* . À savoir, la petite voix en nous qui refuse que nous passions à la suite parce que le chapitre sur lequel nous sommes n’est pas abouti. On le relit, on le réécrit, jusqu’à atteindre un certain stade de satisfaction. Mais l’écriture globale n’avance pas des masses, ce qui engendre de la frustration.

 

Lâcher prise

Laissez moi lever le voile sur le mystère : peu importe combien de fois à la suite vous aurez relu et/ou réécrit votre chapitre, il ne sera jamais qu’un premier jet.Il sera perfectible. Il faudra le retravailler.

Comme c’est un peu mon domaine, comparons cela à une toile, ou un dessin : on fait d’abord l’ébauche au crayon ou au fusain. C’est le premier jet. On a le choix de le travailler plus ou moins précisément. Certains artistes ne font que les tracés globaux, d’autres travaillent les détails avec une précision presque maladive. Mais peu importe la précision de ce dessin, il ne restera qu’une ébauche. Il manque la peinture, la couleur, l’encre. On ne sort pas une œuvre d’art d’un premier coup de pinceau, sauf dans le fantasme un peu trop présent d’un public qui ne connaît pas le processus créatif et a un certain nombre d’idées reçues sur le talent.

Votre premier jet sera donc sujet à une réécriture, plus tard, quand vous aurez pris du recul et que vous aurez un œil neuf sur votre histoire et votre style.
Mon conseil : en sachant cela, évitez de vous acharner sur vos tournures de phrases et les relectures. Laissez le temps faire son œuvre. Grâce à lui, vos erreurs vous sauteront aux yeux dans quelques mois. Écrivez.

 

Écrire

Vous aurez donc compris mon point de vue : quantité et qualité sont tous deux nécessaires mais se travaillent sur deux temps différents. Peu importe le nombre de fois que vous relirez et corrigerez vos bouts de récits, vous ferez sur lui le même travail de réécriture que si vous ne l’aviez jamais relu.

Il est assez évident que je travaille d’abord sur la quantité et ensuite sur la qualité. Ça n’a pas toujours été ainsi. Je ne le dirai jamais assez : le nanowrimo a radicalement modifié ma façon de travailler. Le premier que j’ai fait m’a permis de lâcher prise et de laisser la relecture pour plus tard. Alors que j’ai écrit cinq chapitres de mon projet actuel en 6 mois, les 18 chapitres suivants m’en ont pris un seul.

L’avantage d’une telle course à la quantité : débrider les doigts sur le clavier, se laisser emporter par le récit et par ses personnages, gagner un temps précieux (pendant lequel vous pourrez faire vos courses, lire, regarder une série ou faire l’amour). Cela aura également l’avantage de vous apporter la satisfaction d’arriver au bout de votre récit. Cette chose si lointaine lorsque vous en écrivez les premiers mots, et qui vous semble inatteignable lorsque vous relisez pour la dixième fois votre cinquième chapitre, qui situe l’action encore au milieu de l’introduction à votre histoire.

Mon conseil : ne perdez pas de vue la ligne directrice de votre récit, restez focus sur ce que vous avez encore à raconter et pas sur la maladresse que vous n’arrivez pas à corriger deux paragraphes plus haut. Dans deux mois, je suis certaine que vous aurez une illumination pour régler ce problème.

 

Réécriture : enfer et damnation 

La réécriture n’est pas une mince affaire alors autant vous concentrer dessus entièrement sans avoir à vous demander où va votre récit. La qualité vient pendant ce second temps. C’est à ce moment là que vous allez enrichir votre histoire, affiner vos dialogues après avoir étoffé vos personnages au fur et à mesure d’un récit que vous aurez mené à son terme, ajouter des descriptions, des ambiances, apporter des précisions.

À mon très humble avis, ce serait dommage de faire cela avant de savoir quelle tournure prendra votre histoire. Ce personnage dont la description ne vous a pas satisfait et sur la description duquel vous êtes revenu cent fois, a finalement peut-être changé de couleur de cheveux et s’est retrouvé affublé en cours de route d’un passé tragique qui influencera l’ensemble de son comportement, rendant totalement incohérent son attitude et sa manière de parler pendant une quantité de chapitres.

La réécriture sert à harmoniser votre récit. Elle est importante aussi si vous souhaitez aboutir votre roman / nouvelle / fiche de personnage, etc.
Si votre écrit n’est pas destiné à hanter un classeur ou un tiroir que personne n’ouvre jamais, vous ne pourrez pas passer à côté de cette étape. Elle est votre garantie de qualité.

Mon Conseil : laissez passer un peu de temps, au moins un ou deux mois, entre ces deux étapes. Digérez votre 1er jet, oubliez le pour pouvoir le relire avec un œil neuf.

Vous verrez, gérer quantité et qualité en deux temps vous permettra de retravailler votre roman de façon bien plus qualitative. C’est après cette réécriture que vous pourrez enfin faire relire votre histoire à une tierce personne. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

* : terme employé dans « Écrivez un roman en 30 jours », de Chris baty aux éditions Bragelonne, qui vous aidera à attaquer un nanowrimo

6 Comments on Écriture : quantité ou qualité ?

  1. kathou
    19 février 2017 at 22 h 50 min (5 mois ago)

    Je suis tout à fait d’accord avec toi ! Perso, j’ai besoin de commencer, lâcher tout et après je corrige, je réécris,sinon c’est mort… et en effet ensuite il faut mieux laisser un peu de temps… Le problème, c’est de s’arrêter. Je peux relire et corriger 20 fois ou plus même. Là encore, il faut lâcher…mais c’est marrant, quand je relis aujourd’hui un roman que j’ai écris il y a longtemps, je n’arrive pas à changer une virgule ! Merci pour ce billet.

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    • Béren
      20 février 2017 at 14 h 44 min (5 mois ago)

      Merci à toi Kathou pour ce commentaire ! N’hésite pas à partager ta propre expérience ici, ça fait plaisir et c’est super utile 🙂

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  2. Ebony
    20 février 2017 at 15 h 55 min (5 mois ago)

    coucou
    j’aime beaucoup tes illustrations 🙂
    continue !

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    • Béren
      21 février 2017 at 14 h 59 min (5 mois ago)

      Merci beaucoup Ebony !

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  3. maya
    22 février 2017 at 13 h 58 min (5 mois ago)

    Bonjour bonjour, j’ai bien aimé ton article car il met le doigt sur l’un de mes principaux obstacles à l’écriture : La recherche acharnée de la perfection à mesure que le récit tente de s’installer. Alors merci, voila qui m’offre piste de réfléxion!

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    • Béren
      23 février 2017 at 20 h 56 min (5 mois ago)

      Ravie de t’avoir été utile ! Il y aura d’autres articles sur le sujet, n’hésite pas à partager tes réflexions 🙂

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