CRÉATIVITÉ

Dessiner autrement

Il s'est passé quelque chose d'assez étrange l'année dernière. Je veux dire, en dehors d'avoir passé ma grossesse planquée dans un coin comme un chat qui se fourre dans le linge propre pour mettre bas. Voilà, j'avais un contrat pour quelques illustrations, un truc très cool qui me motivait vraiment. Et puis, en cours de route, la flamme s'est envolée, j'ai eu la gerbe, ai été accablée de fatigue et incapable d'honnorer ce contrat dans les temps. Cela a fini de m'achever. Suite à cela, j'ai pris une décision que je pensais ne jamais prendre de ma vie car cela mettrais un terme à mon "rêve" : Plus jamais d'illustration dans un cadre pro. Pas comme ça. Trop de pression, de contraintes, plus aucun plaisir. Bref, j'ai dit STOP. Je me suis fait une raison. Et puis, de toute façon, je n'arrivais plus à dessiner. BASTA. Et puis je ne sait pas ce qui m'a pris, j'ai voulu faire inktober. Comme d'habitude depuis des mois : Syndrome de la page blanche. Ni idée, ni thème, rien. Alors, pour le premier dessin, je me suis résignée. Tant pis. Je ne ferai rien de particulier. Et je ferai bien ce que je veux. Ça fait des années que je cherche un style en vain, ça ne fonctionne pas. Résignée, je vous dit. Alors j'ai pris un modèle sur instagram, j'ai ajouté des fleurs, juste parce que j'en avais envie. J'ai dessiné quelqu'un dont j'aime bien le compte, avec un élément qui m'entrainais. Et... bah c'était carrémen bien. Depuis quand je ne me suis pas dit que j'avais fait un truc carrément bien ? Je ne sais même plus. Des années, sans doute.

 

inktober
Modèle : Fériel, du blog matoushi.com

 

La thème était trouvé, le style une aventure. Le lendemain j’ai réessayé, et encore, jusqu’à ce que l’ensemble de s’affine. Je suis émerveillée de ce que j’ai trouvé après m’être arrêtée pendant plus de 6 mois. Ce n’est pas exceptionnel, mais c’est à moi.

Sans doute seuls ceux qui cherchent comprennent ce que je raconte ici ? Mais c’était vraiment comme une lumière au bout du tunnel. Avec mon énoooorme ventre, je me suis retrouvée à dessiner tous les jours, juste pour le plaisir, juste des choses qui me plaisent. Et c’est cool.

Quelques autres extraits de cet inktober :

 

 

inktober
Modèles : Tokyobanhbao, Esaika, Stéphanie Zwiki, Le Loire en papillon

 

Tout un tas d’autres dessins sont visibles sur mon compte instagram, et j’y poste des nouveautés régulièrement. Si cela vous intéresse, laissez un commentaire, je ferai un autre article 😉

La question c’est : Qu’est ce que je vais faire de tous ces dessins, maintenant ? Je mets les originaux sur ma boutique Etsy ? Vous voulez des prints ? Ou je continue à dessiner gentiment pour moi encore et encore ?

 

Les liens des modèles de ces 5 dessins, si ça vous intéresse :

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Le retour de la flamme

Cela fait un an que je n'ai rien posté sur ce blog... excepté un post sur la perte de ma créativité en septembre dernier. L'année dernière a été très particulière. Déjà, ma flamme s'est envolée. Ma créativité est partie. Avec elle, mon envie de dessiner, d'écrire, de créer quoique ce soit. J'étais mal. Et puis, la flamme est revenue. En janvier, j'ai recommencé à avoir envie. En février, j'ai recommencé à écrire. Et même que j'ai recommencé à dessiner. En fait, je crois qu'il m'a tout pris pendant 9 mois. Ma panne créative a commencé après ma dernière note du mois de mars. Comme par hasard. Elle était là. La flamme. Elle se faisait bouffer par cordon ombilical. Et vous savez quoi ? Elle est magnifique, cette flamme, maintenant qu'elle est de retour. Et en plus, elle a transformé un tas de choses dans ma vie. Y compris ce que je suis capable de dessiner.

Bon, et du coup, j’ai un tas de trucs à vous raconter. Et pas des trucs pour élever son enfant, promis (j’ai ouvert un autre blog pour ça, ahahah!)

Soit dit en passant, vous aussi vous avez subi un changement radical pendant votre grossesse ? Vous avez aussi perdu quelque chose, ou gagné une envie ou un talent que vous ignoriez ?

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Créativité : à la recherche de la Flamme

Je me décide enfin à écrire quelque chose après de longs mois sans un mot sur le blog.
Je ne sais pas si c’est une bonne idée d’en parler, mais on va dire que c’est un début. Voilà, il y a quelques mois de cela, quelque part au mois de mars, j’ai arrêté de poster à cause d’un excès de travail que j’ai du endiguer. Et puis, lorsque j’ai enfin eu à nouveau le temps, je me suis rendu compte qu’il s’était passé quelque chose.

J’ai perdu la flamme.

crise de créativité : j'ai peru la flamme

Je l’ai cherchée partout.
crise de créativité : je l'ai cherchée sous le lit

crise de créativité : je l'ai cherchée dans le frigo (même s'il est minuscule)

crise de créativité : je l'ai cherchée au bureau

crise de créativité : je l'ai cherchée dans mes livres et mes carnets

crise de créativité : je l'ai cherchée sur assos.fr
J’aurais aimé la chercher au musée, mais je n’ai pas eu le temps d’y aller.

Je n’ai pas retrouvé la flamme.
C’est un vrai challenge pour moi d’écrire cette note sans savoir si j’arriverai à l’illustrer. Cela fait 5 mois que je ne dessine plus rien, ou presque plus rien. Je n’écris plus non plus. Je suis fatiguée et déprimée. Je suis en pleine crise de créativité.

Le plus fou dans cette histoire c’est que je m’étais préparée à changer légèrement de cap pour le blog, je voulais écrire sur le bien-être au quotidien. Les questionnements, exercices, les trucs que je mets en place pour aller bien et me sentir bien avec moi-même après des années d’estime de soi au fond des chaussettes. Car je sais que la déprime a toujours une fin, je sais que ce n’est que temporaire. J’ai des astuces pour passer outre ma nature tristounette (à moins que ce ne soit dû à une intolérance alimentaire ?) mais ces temps ci, elles ne m’aident pas à retrouver la flamme de la créativité.

Je cherche toujours la flamme, celle qui me pousse à me lever le matin, à créer, à entreprendre, à donner vie à des projets. Elle ne m’a jamais quittée. Si vous la trouvez, faites-moi signe.

crise de créativité : Pancarte Wanted de la Flamme

Une vie sans créer ni entreprendre est pour moi d’une infinie tristesse. Bien entendu je ne passe pas mes journées à me morfondre, la vie s’est très bien occupée de moi ces derniers mois pour remplir mon temps et utiliser mon énergie. Mais la flamme me manque. Elle était là quand j’étais seule, quand je n’avais pas confiance en moi, quand je n’avais pas d’amour, quand j’étais une dessinatrice un peu nulle.
La créativité a fait de ma vie un chemin fleuri que j’ai aimé parcourir même dans les périodes les plus difficiles, et il y en a eu des franchement pas marrantes. Pour le moment, ma vie ressemble à une route bétonnée.

Toute idée lumineuse pour retrouver la flamme sera la bienvenue. Si vous avez des suggestions, laissez donc un petit message en commentaire. Si vous aussi vous voulez trouver une vie créative, restez dans le coin, vous aurez peut-être des conseils.

Je vous tiens au jus si je la retrouve.

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PS : un gros mois s’est écoulé depuis la rédaction de cet article, c’est le temps qu’il m’a fallut pour me mettre à l’illustrer. J’ai aperçu la flamme, au loin. J’espère avoir la force de continuer à écrire ici et que nous puissions évoquer ensemble le retour de la créativité (si elle revient).

Créer : introduction au processus créatif

J’en parle déjà dans plusieurs articles sur l’écriture : aujourd’hui je vais développer un peu plus le principe du processus créatif. Terme obscur et abscons pour certains, abus de langage ou mot pompeux pour d’autres, le processus créatif existe réellement et, de surcroit, est une mécanique simple, que je vais tenter de vous expliquer ici.

illustration : processus créatif

Qu’est-ce que le processus créatif ?

Pour résumer, ce que j’appelle le processus créatif, c’est une manière de créer, dans tous les domaines. Cette méthode est interchangeable dans tous les aspects de la création. Je l’ai apprise en école de communication visuelle, développée en travaillant, mieux comprise en entamant des études de stylisme, et appliquée pour l’écriture de mon petit roman en cours.

Vous l’aurez compris, il s’agit simplement d’une méthode de travail.

Une méthode qui consiste à réunir des idées, brainstormer, imaginer, rassembler, et sortir quelque chose de neuf, car même si vous vous inspirez, votre touche, votre personnalité transparaitra toujours dans ce que vous avez créé. Du moins si votre volonté n’est pas de copier.

Mais copier, cela peut-être un intéressant lorsqu’on est un grand débutant. Lorsque j’avais 14 ans, je copiais les dessins d’Akira Toriyama et de Mitsuru Adachi. Cela ne m’a pas permis de développer mon propre style, en revanche il m’a permis d’appréhender l’anatomie, les différences graphiques, et le fait de travailler, tout simplement, sur un dessin. Tout travail vous permet d’avancer vers votre but. Il en va de même pour l’écriture. Au même âge, j’écrivais des histoires sans intérêt copiées sur ce que j’avais vu au cinéma. Ce n’est qu’un peu plus tard que je me suis demandé ce que j’avais vraiment à inventer, et sans le savoir, je touchais pour la première fois au processus créatif en mélangeant des bribes d’histoires et en tirant des idées de rêves farfelus, pour écrire mes propres bandes dessinées.

 

Comment imaginer de nouvelles idées ?

Rien ne se perd, tout se transforme est une base pour apprendre à créer. Ne croyez pas que les univers, les tableaux, les sculptures, les films sont des œuvres tout droit sorties de l’imagination pure et fertile de créateurs. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.

La création, c’est comme une grande recyclerie.

Tout comme la moi adolescente, certains auront l’impression de créer des univers originaux de toute pièce. En réalité, ils auront été nourri de ce qu’ils ont vu, écouté, regardé, admiré, et même détesté. Des films, livres, dessin-animés, bandes dessinées, mangas, contes de leur enfance. Même pour ceux qui aiment prendre des notes de leurs rêves à leur réveil, ces derniers sont la plupart du temps une digestion de nos réflexions du jour, voire totalement influencés par le film qu’on a regardé avant de se coucher. Les gamers comprennent de quoi je parle, puisque lorsqu’on cumule trop d’heures de jeu, on a tendance à en rêver toute la nuit.

Le processus créatif, c’est ce qui consiste à prendre quelques éléments connus et les assembler pour créer quelque chose de nouveau. Nous pouvons le faire de façon tout à fait consciente et réfléchie.
Cela consiste à prendre des éléments épars et très différents de la vie, d’univers, de créations, et de les accoler pour créer une forme inédite.

  • Alien, c’est : Les Dents de la mer + espace + huis clos
  • Vision d’Escaflowne, c’est : Patlabor (Goldorak pour ceux qui sont moins calés en animés) + un univers fantasy avec des dragons + Jules Vernes + Platon (l’Atlantide)
  • Bridget Jones c’est : Orgueil et préjugés + époque moderne

Vous pouvez faire l’exercice avec Harry Potter, si vous en avez le courage.

Bien entendu, cela parait assez simpliste, mais c’est vraiment le gros du travail. C’est ce qui vous permettra d’obtenir les bases de votre histoire. Ensuite, libre à vous de broder et d’ajouter encore plus d’éléments et de détails. Vous aurez peut-être noté dans les exemples ci dessus que plus l’auteur mélange d’éléments, plus l’histoire est originale, dans tous les sens du terme.

Exemple pour la création d’un personnage :

Vous ne savez pas ce que vous voulez. Enfin si, vous savez que vous ne voulez pas créer un personnage sérieux, disons. Alors prenez un personnage foufou + un personnage qui correspond à votre univers + un défaut qui donnera du caractère à votre création.

Faisons l’exercice ensemble :

  • Personnage foufou : Phoebe de Friends
  • Votre univers est steampunk : vous mélangez avec le style vestimentaire et les parties de corps mécaniques de Lady Mechanika. Mais pour ne pas copier-coller, ce ne sont pas ses jambes et ses bras qui seront mécaniques mais, au hasard, disons son cœur, son poumon et son bras gauches.
  • Piochons un défaut dans le chapeau à traits de caractère : cette personne a du mal à maîtriser sa colère
  • Piochons une qualité : débrouillarde

Voici la description de votre nouveau personnage :

Il s’agit d’une jeune femme blonde entre 25 et 35 ans, qui croit en l’ésotérique et a des réactions parfois inappropriées à certaines situations mais est toujours sympathique. Elle a eu un accident dans sa jeunesse et a eu une partie du corps détruit. Un expert en chirurgie expérimentale lui a remplacé le cœur, le poumon gauche et l’épaule gauche par des membres artificiels. Cette différence avec ses semblables a forcément eu des conséquences sur sa vie : elle a pu être rejetée par les autres et plutôt que de décider d’être sur la défensive, elle a un regard amusé et libre sur le monde. Elle n’a plus rien à perdre. Ce caractère libre lui a permis de ses faire des amis fidèles (à vous de les inventer), mais ils sont peu nombreux. Elle n’attend pas la même chose de la vie que les autres. Elle peut être aventurière, indépendante, ou œuvrer pour le bien de tous (—le bien de tous. Excusez, j’ai trop regardé Hot Fuzz). Elle s’habille en robe à crinoline soit parce que votre histoire se passe au 19e siècle, soit c’est une originale. C’est une personne de caractère et elle a du mal à maîtriser sa colère. Elle claque les porte comme Mlle Musso dans Parker Lewis ne perd jamais. Cela peut être un élément comique de votre histoire. Le fait d’avoir grandi à l’écart des autres l’a rendue débrouillarde, et elle est capable de se sortir de n’importe quelle situation, une fois qu’elle a retrouvé son sang froid.

 

Comment mettre en œuvre le processus créatif ?

Prenez des habitudes. Gardez toujours un carnet sur vous, ou prenez des notes dans votre téléphone. Vous pouvez :

  • brainstormer entre amis
  • faire la liste de ce qui vous a ému dans vos lectures
  • noter les idées qui vous plaisent, les traits de caractère que vous adorez chez certains personnages.
  • coller des costumes qui vous plaisent, des paysages que vous souhaitez réutiliser.
  • faire des planches de collage d’inspiration
  • noter des éléments sur des papiers, les mettre dans un chapeau et piocher au hasard

 

Mélangez tout ça.

Vous l’aurez compris, le processus créatif est un patchwork. C’est une manière de penser qui partira d’une idée pour vous amener à une autre. C’est envisager que tout peut-être assemblé, mélangé, divisé, réutilisé. Il ne faut pas avoir honte de recycler. C’est comme ça que ça fonctionne. C’est la beauté d’un mélange bien maîtrisé qui générera une vraie belle nouvelle référence. En attendant de le maîtriser, il faut au moins essayer. Comme dirait Shia : Do it !
C’est aussi envisager que TOUT est utilisable. Rien n’est à jeter. Ne rejetez pas les nanars, les films potaches, qui vous inspirerons peut-être des situations ou des personnages hauts en couleur.

Je vous ai déjà parlé du fait que je travaille toujours en écoutant une playlist spéciale. Cela fait également partie pour moi du processus créatif. Lorsque j’écris, les musiques m’inspireront des situations différentes selon ce qu’elles m’évoquent. J’aime le hasard du shuffle, car il influence l’ordre des choses dans mon histoire. Le hasard est essentiel car il apporte l’inattendu. Ce que vous n’avez pas envisagé est forcément bénéfique. De grandes idées et de grandes œuvres sont issues d’erreurs. Ce serait dommage de se priver du hasard juste par envie de tout contrôler.

D’ailleurs, l’erreur n’est jamais un échec, et l’échec n’en est jamais vraiment un, mais nous aurons le temps de revenir là dessus, n’est-ce pas ?

 

En tout cas, vous avez ici une base de ce qu’est le processus créatif. Bien entendu, il faut beaucoup de travail pour avoir de nombreuses idées à la minute, mais le travail, c’est à la portée de tous. J’espère pouvoir encore développer le sujet, n’hésitez pas à partager votre expérience et vos propres méthodes qui ne peuvent que contribuer à tous nous améliorer dans ce domaine.

Laissez donc vos créations issues du hasard en commentaire, j’adorerais partager ça avec vous. Si vous voulez que j’approfondisse plus certains aspects du processus créatif, il suffit de le demander, je serai ravie d’en faire un article !

Je vous souhaite une très belle semaine pleine de créativité !

Atelier d’écriture : on débute !

Premier atelier d’écriture dans cette nouvelle session du blog !
L’atelier d’écriture est un exercice que je ne pratique que depuis quelques mois mais qui est vraiment super utile pour ceux qui veulent s’améliorer et avancer dans cette discipline complexe où seule la pratique permet d’évoluer.

Atelier d’écriture : Quel est le principe ?

  • suivre une consigne, souvent des jeux à faire avec des mots ou des thématiques plus que des thèmes pour des textes libres
  • écrire dans un temps limité

Pourquoi un temps limité pour écrire ?

Le but de l’atelier d’écriture, comme pour le nanowrimo (oui j’en parle beaucoup !), est de décomplexer votre plume. Une idée simple fera l’affaire sur un temps d’écriture qui sera toujours inférieur à une heure. Ce n’est pas la peine de développer des intrigues complexes alors que vous ne pourrez écrire qu’un nombre limité de mots.

S’obliger à trouver des idées et des formules rapidement fait partie du développement du processus créatif (souvenez-vous, on en a parlé dans l’article précédent, Comment débuter dans l’exercice de l’écriture).
Être obligé d’inventer une introduction, un développement et une conclusion quel que soit le thème, dans un temps limité, est également une excellente gymnastique du cerveau.

Comment écrire un bon texte en moins d’une heure ?

Le temps étant limité dans les atelier d’écriture, on n’aura toujours qu’un premier jet. Le but n’est ni de sortir un texte de qualité, ni d’exposer ses compétences et son vocabulaire, mais simplement d’entraîner son cerveau à cet exercice. Je reprends encore l’exemple des abdos : à la première séance vous en ferez cinq, à la dixième vous irez peut-être jusqu’à trente. Et si vous en faites trente, je vous imagine mal vous moquer de votre voisin parce que lui, il en fait cinq. Si c’est le cas, votre mesquinerie ne regarde que vous, vous vous passerez d’en faire usage ici.

Vous l’aurez compris : on n’est pas là pour juger de la qualité des textes. Seulement pour écrire.

Je vous donnerai donc un exercice aujourd’hui, avec un temps donné, et vous donnerai ensuite le résultat que j’ai obtenu de mon côté. Vous verrez que mes textes sont plus ou moins longs selon l’inspiration, qui n’est pas toujours au rendez-vous. Mais l’important, c’est d’écrire.

J’espère que vous partagerez vos textes en commentaires en retour !

Exercice :

  • Piochez au hasard deux phrases dans ces extraits d’articles de presse. Oui, oui, au hasard. Vous pouvez imprimer, découper, dispacher dans un chapeau puis piocher, ou simplement fermer les yeux et pointer au hasard une zone de votre écran et voir sur quelle phrase vous tombez.
  • Vous débuterez votre texte par une de ces phrases, et le terminerez par l’autre. Il faudra développer un texte entre les deux, peu importe sa longueur, son thème ou son style. Vous n’êtes pas obligés de raconter une histoire, mais il faudra être cohérent.
  • Temps donné : 10 minutes !

Les phrases :

  • Elles ont beau être petites, on ne voit qu’elles
  • Dans cette bataille de superlatifs, les critiques peinent à faire entendre leur voix
  • Elle est de gauche, il est de droite, mais ils font front commun pour défendre le mécénat et les fondations privées
  • Ils sont venus avec leur perplexité face à la tournure du monde
  • Je chante trop faux et lui monte trop mal à cheval pour que je puisse le plagier
  • Ce sont eux qui m’inspirent en premier et avec lesquels j’écris des poèmes à ma façon
  • Par cette volonté fondée sur un sens aigüe des responsabilités, nous apportons notre pierre à la construction d’un véritable rassemblement
  • Des révélations saugrenues qui n’ont visiblement pas plu à la famille royale britannique
  • Elle a le tutoiement facile et le débit enthousiaste
  • Ce n’est pas chose facile que de comparer les approches françaises et anglaises
  • La lumière est tamisée, et il entre sur scène enveloppé dans une grande toile de plastique noir
  • La frontière, par où passe-t-elle véritablement ?

À vos stylos !


Par ici ça donne ça :

Elle est de gauche, il est de droite, mais ils font front commun pour défendre le mécénat et les fondations privées. Cela entraîne nécessairement quelques rivalités. Il garde toujours un œil sur elle comme si elle allait le copier, elle le guète comme s’il allait tout gâcher. Mais elle chante trop faux et lui monte trop mal à cheval pour qu’ils puissent se plagier.


Et de votre côté, quel est le résultat ? Ça me ferait vraiment plaisir de partager ça avec vous et que vous postiez vos textes en commentaires !
Qu’avez-vous pensé de ce premier atelier d’écriture ? Envie d’un temps plus long pour créer ?

Ce sujet sur l'atelier d'écriture vous a plu ? Laissez un commentaire !

Comment se mettre à écrire ? Comment apprendre et s’améliorer ?

Que de question en ce dimanche soir (ou en ce début de semaine pour toi, lecteur.)
Il est vrai qu’avant de se mettre en condition, avant de savoir s’il vaut mieux écrire beaucoup ou se relire tout de suite, certains sont avant tout confrontés au stress des premiers mots jetés sur le papier.
Si je veux débuter en écriture, quelle est notre légitimité à écrire ? Et si c’était nul ? Quel sera le sujet de mon article ? Je faisais comment, lorsque j’étais lycéen et que je devais pondre une dissertation ?

Je vais tenter, avec la petite expérience qui est la mienne, de vous conseiller pour vous permettre de débuter en écriture ou de vous y remettre, et chasser les mauvais démons qui ne feront que vous répéter que vous êtes nul. Si vous êtes nul, alors vous ne pouvez que vous améliorer. Et il dira quoi, après, le sheitan qui traine dans un coin de votre tête ?

débuter en écriture

Comment se mettre à écrire ?

Pour commencer, on va reprendre la mise en condition : installez-vous confortablement, mettez vous une musique si vous le souhaitez. Cela fait longtemps que vous n’avez rien écrit ? Peut-être préférerez-vous le stylo et le papier à l’ordinateur ? Pour un écrit court, ce sera aussi bien. L’outil informatique n’est pas une obligation pour un premier jet.
Pour ma part, sentir la plume glisser sur le papier (je suis très stylo plume) fait autant partie du plaisir que lorsque je vais préférer le dessin artisanal à la tablette graphique. Cela peut vous mettre dans une condition de réel, d’artisanat, ou faire resurgir en vous la sensation agréable que vous aviez enfant lorsque vous inventiez des aventures dans vos carnets. Ne dénigrez pas ce medium si vous n’êtes pas à l’aise au clavier.
Maintenant, écrivez.

Que dire ? Comment être créatif ?
Même si être créatif mériterait un article à part entière, je peux essayer de résumer ici. Seul vous savez ce dont vous avez envie de parler. Ne vous limitez pas. N’ayez pas peur du déjà-vu ou du mieux fait. Ce sera mieux la prochaine fois, et encore mieux la suivante. Peur de ne pas être original ? Qui l’est réellement ? Tolkien s’est inspiré des légendes du nord, Anna Gavalda d’une conversation entendue dans le métro, sans doute Lovecraft n’a fait toute sa vie que parler du monstre sous son lit dont il avait une peur bleue. Rien ne se crée, tout se transforme. Prenez des bribes, notez, enregistrez vous, découpez des magazines, des images, des textes, une citation qui vous plait. Faites-en un bouillon de culture pour en sortir une idée tout à fait originale. Vous pouvez même vous enregistrer sur votre téléphone lorsque vous pensez à des idées ou de bonnes tournures, si pour le moment vous êtes plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit. Vous retranscrirez tout cela dès que vous vous mettrez au travail.
Lors de ce que j’appelle le processus créatif (et vous allez en entendre parler), la phase de réflexion et de rassemblement des idées peut être encore plus importante que la phase de réalisation.

Un exemple parfait sera mon livre extra du moment : La Passe Miroir, de Christelle Dabos, édité chez Gallimard. Pour moi, c’est LE livre qui prend enfin la relève de Harry Potter. Pourquoi ? Parce que Christelle Dabos a aussi mélangé des éléments connus pour en tirer un univers totalement original : un mélange de mystique, de steampunk, de la cour de Louis XIV et du Château Ambulant. Avez-vous lu une telle chose récemment ? Pensez-vous sincèrement que chacun de ces univers mélangé aux autres ne peux pas en créer un nouveau ? Si vous en doutez, lisez simplement cette série de romans. Leur univers est à la fois original, complet ET inspiré sans pour autant être copié. Un pur produit magnifique du processus créatif.
Comment apprendre à écrire ?

Je ne le répéterai jamais assez et on me l’a répété plus encore : pour apprendre à écrire, il faut… écrire. Écrire, écrire encore. Sans se poser de question. C’est le conseil principal qu’il vous faudra retenir pour débuter en écriture. L’écriture est une gymnastique comme une autre (mais elle est plus facile pour ceux qui n’aiment pas le sport). C’est en la pratiquant que vous vous améliorerez. Vous n’avez pas d’idée, pas de sujet ? Commencez par des exercices simples d’atelier d’écriture (j’en posterai un premier dimanche prochain). Donnez-vous cinq ou dix minutes pour répondre à un jeu d’esprit, entraînez votre tête à avoir des idées. Je vous promet que ça s’apprend. Cela fait partie du processus créatif. Écrivez de façon régulière. Estimez que cette activité est comme les abdos : quinze jours sans pratiquer, et vous pouvez tout reprendre à zéro. Alors lancez-vous !

Autre conseil : Rester fidèle à soi-même et à ses idées, en tentant un maximum d’éliminer le langage familier, excepté si c’est une volonté particulière apportée au texte. Exprimer ses idées telles qu’elles sont, avec humour si vous en avez, avec gravité si c’est plus votre état d’esprit, bref, en étant juste vous.

N’ayez pas peur de vous mettre à nu : les récits les plus sincères touchent bien plus un lectorat que des lieux communs déjà lus et relus. Malheureusement pour vous, cela exigera que vous acceptiez de dévoiler une partie de vous même. Même dans un récit de fiction, un adjectif, un acte, un caractère peut révéler votre façon de voir le monde. Il peut être extrêmement difficile d’accepter de se dévoiler. C’est un cap (difficile, pour ma part) à passer. Mais il sera libérateur.

Un jour, j’ai écrit sur ce blog un article très personnel, où je dévoilais des étapes de ma vie et des relations que j’entretenais avec ma famille, des choses qui m’ont fait souffrir et contre lesquelles je me bats encore. Voici, entre autres, ce que j’ai pu recevoir en retour de la part des lectrices qui sont passées lire cet article :

je suis heureuse de lire un post plus perso de votre part, moi qui vous suit pour vos dessins. Je me retrouve enormément dans ce que vous dites, en particulier comment les commentaires des autres nous touchent même si on arrive, soi-même à s’accepter comme on est (et on est grave belle quand même !). (…) Je vous embrasse de tout coeur, merci pour vos dessins qui me mettent en joie !
(Elise)

J’aurai pu écrire cet article pas aussi bien mais tu as dit tout ce que je ressens(…) Merci pour cet article si réconfortant ça fait du bien !!
(Justine)

J’en ai reçu un tas d’autres comme ça. J’ai juste été sincère. Et je me suis relue, aussi !

Comment m’améliorer ?

J’ai mon idée, j’ai commencé à écrire mais tout vient dans le désordre. Comment mettre en ordre ses idées ?
Soit vous avez l’habitude de monter un plan avant d’écrire, soit vous préférerez vous laisser porter par l’acte d’écriture. Dans ce dernier cas, il faudra mettre un peu d’ordre dans tout ça pour clarifier votre propos. Cela vaut essentiellement pour un texte court, un article, car sur un roman, c’est encore une autre histoire (nous y reviendrons).

Une méthode simple pour clarifier votre récit : résumez le propos de votre texte en trois ou quatre points. Ce seront vos actes, vos différentes parties. Restructurez votre texte en fonction de ces parties. N’hésitez pas à couper dans le gras si une phrase n’a plus lieu d’être, si vous surprenez une redite.

Révisions : le passage obligé
Je ne le dirai jamais assez. Il est temps de relire vos mails et vos sms avant de les envoyer. Prenez de bonnes habitudes ! Corrections, synthaxe, dictionnaire des synonymes, conjugaisons : tout est sur internet. Vous n’avez aucune excuse.

Autre tips : Lire à haute voix permet de mieux se rendre compte du rythme de la phrase et du placement de la ponctuation. Vous n’aimez pas l’impression que vous donne votre texte ? Remaniez-le. Un premier jet n’est jamais bon. Pas la peine de paniquer.

Laissez le texte reposer une nuit ou, encore mieux, une semaine avant de le reprendre. Oubliez un peu ce que vous avez écrit, vous pourrez le relire avec un oeil neuf, comme si ce n’était pas votre texte, et donc en voir les défauts.

Enfin, mon dernier conseil : lisez. De tout. Commencez par ce que vous aimez ou ce qui figure sur votre liste de lecture. Élargissez votre champs d’auteurs dès que vous vous sentez de le faire. Il n’y a pas de rythme de lecture ou de nombre de livres à lire dans une année. Un bon livre, c’est déjà bien pour commencer.
N’hésitez pas à noter des tournures de phrases, du vocabulaire. Enrichissez-vous.

Voici quelques lectures que je ne peux que chaudement vous recommander :

  • La Passe Miroir, de Christelle Dabos (Les Fiancés de l’Hiver, et Les Disparus du Clairdelune)
  • Le Paris des Merveilles, de Pierre Pevel
  • Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, d’Annie Barrows et Mary Ann Saffer
  • Harry Potter, de J.K. Rowling (avouez, vous avez juste vu les films)
  • Un Roman français, de Frédéric Beigbeder

J’espère que ce post vous a plu, n’hésitez pas à commenter si vous avez des questions, des retours d’expérience à partager. ce post n’est qu’un début et sera amené à être lui-même amélioré et édité avec des conseils et observations qui viendront au gré de mes lectures, de mes expériences et de mes rencontres. Si vous avez d’autres conseils lecture, je vous invite aussi à les partager en commentaires.

Bullet Journal : mode d’emploi illustré

Aujourd’hui, non seulement je vais vous parler de bullet journal (bujo de son petit surnom), mais je vais tenter de vous en faire un mode d’emploi, du moins une base pour commencer le votre, comme je l’ai fait pour snapchat il y a quelques mois (et je crois que ça sert à pas mal de monde !)


Pourquoi un bullet journal ?

Pour l’organisation ! On parle ici de l’essence même du bujo, pas des filofax proches d’œuvres d’art que l’on peut voir un peu partout sur internet.
Un bullet journal est fait pour S’OR-GA-NI-SER. Il est donc essentiellement fait pour les gens comme moi : les handicapés du planning, les souffreuteux de la procrastination, les indépendants, les freelances et, pourquoi pas (apportez-moi vos témoignages), les étudiants et autres mamans sur-débordées (et les papas qui font mentir les statistiques).

J’utilise donc le bujo pour tous les aspects de ma vie, qu’ils soient personnels ou professionnels. Pour organiser mes publications bloguesques, mes réseaux sociaux (la partie pro), le ménage, l’administratif. Bref, pour TOUT ce qui requiert de l’organisation.

J’ai commencé le mien au mois d’octobre et ça a CHANGÉ MA VIE. Pas de manière radicale, mais j’ai énormément gagné en sérénité. Et ça, croyez-moi, ça n’a pas de prix. Bien entendu, ça n’a pas réglé miraculeusement mes soucis de procrastination, mais cela m’aide au moins à gérer l’essentiel et à endiguer la masse de problèmes organisationnels que je rencontre au quotidien.

Pour vous donner un aperçu de mon souci, en commençant le bujo, ma to do list (professionnelle + personnelle) s’allongeait à

92 POINTS !

Je triais ces tâches en 3 priorités, mais ma priorité n°1 était constamment submergée, si bien que je ne pouvais même pas jeter un œil aux n°2 et 3.
Le bujo m’a permis de passer à une gestion quotidienne avec une vision à long terme moins omniprésente et donc moins culpabilisante. Désormais, si je fais ma liste complète de choses à faire, elle comporte 52 points. Oui c’est encore beaucoup, mais quel travail accompli !
Mon taux de culpabilité est passé de, disons, 98% à 34% (oui ces chiffres sont TOTALEMENT aléatoires !) Autant dire que côté santé mentale, je m’en sors beaucoup mieux.
D’où vient donc ce nom, bullet journal ?

Des puces (“bullet” en anglais) qui marquent les listes “à faire”. C’est le principe du bujo. Un bullet à cocher, à reporter ou à supprimer.
Bullet Journal : comment ça marche ?

Il y a plusieurs types de pages qui servent à l’organisation, mais globalement on peut diviser le bujo en 3 types de pages :

LES TRACKERS / LES DAYLIES / LES CALENDEX

 

Avant tout : le sommaire
Commencez votre bujo par un sommaire. Numérotez toutes les pages de votre carnet, et, à chaque fois que vous y ajoutez quelque chose, notez-le dans votre sommaire. Il sera la garantie que vous retrouverez toujours ce que vous cherchez. Ce n’est pas grand chose, mais c’est essentiel. Prévoyez au moins 4 pages pour ce sommaire, ça peut vite se remplir ! (Rappel pour les débutants : une feuille comprend deux pages et deux pages en vis à vis appartenant à deux feuilles différentes sont une double page).

BULLET JOURNAL : EXEMPLE DE PAGE SOMMAIRE AVEC REPORT DES FOLIOS

Les calendex
Un grand mot pour dire que c’est ta page de calendriers, quoi.
Ils servent à l’organisation à long terme : en notant vos calendriers à l’avance, cela vous permet de noter les jours où vous êtes pris, ceux où vous souhaitez réserver votre temps. Vous ne prévoyez jamais aussi longtemps à l’avance ? Et les mariages alors ?

En plus des quelques mois à venir, j’en fais un pour chaque mois, détaillé jour à jour en matin / après-midi / soir. J’y note mes impératifs, réunions, sorties, rendez-vous médicaux. Cela me permettra de savoir combien je dispose de temps pour mes daylies (oui, j’explique juste un peu plus bas).

Lorsque j’ai appris à constituer mon bullet journal, j’ai vu qu’on ne divisait cette partie “toute la journée” + matin + après-midi, mais pour moi, la partie “soir”, est super importante. J’y ai des activités, des sorties, des réunions, parfois du boulot. J’ai besoin de cette troisième section alors je l’ai faite. C’est ça le bullet journal : il s’adapte à vos besoin. Ce n’est pas à vous de vous adapter.

Vous pouvez aussi créer votre calendex sur l’année, jour à jour :

BULLET JOURNAL : EXEMPLE DE PAGE CALENDEX POUR PLANNIFIER SUR UN AN

les daylies
La partie to do list du bujo. Comme son nom l’indique (si vous avez un niveau d’anglais 6e + pratique des séries en V.O.), il s’agit de la gestion de vos tâches au jour le jour. Pour ma part, c’est la partie essentielle de mon bullet journal.

BULLET JOURNAL : EXEMPLE DE PAGE DAYLIES AVEC LES TO DO LISTS

Il va vous permettre de faire votre liste quotidienne de choses à faire et de noter ce que vous en faites : si elles sont effectuées, si vous les reportez, si vous les éliminez, etc.
C’est là qu’il va falloir déterminer une des choses les plus importantes pour tenir votre bujo sans vous prendre la tête :

VOTRE CODE

L’idéal est de la noter au début de votre journal pour ne pas l’oublier, mais nous y reviendrons. Par exemple, la mienne ressemble à ça :

EXEMPLE DE CODE POUR LE BULLET JOURNAL

Vous pouvez ajouter d’autres codes selon vos besoins, mais grosso modo vous avez surtout besoin de :

  • à faire
  • fait
  • reporté

J’ai ajouté urgent car malheureusement j’ai souvent des trucs trop procrastinés qui deviennent chaud bouillants (impôts, urssaf, boulot…) Bien entendu, inventez le code qui vous convient le mieux.

Chaque jour où vous en avez besoin, dressez votre liste, puis revenez-y autant que nécessaire pour la consulter ou la cocher ! À la fin de la journée, reportez ce qui n’est pas fait, et ajoutez ces choses à la liste du lendemain si ça s’y prête.
La gestion au jour le jour permet de ne pas se submerger d’informations au long terme qui ne feront qu’encombrer votre esprit. Il permet de rester concentré sur l’essentiel.

Oui, mais si je reporte toujours tout, à quoi ça sert ?

J’ai déjà lu que certaines personnes culpabilisaient de reporter toujours beaucoup de tâches à la fin d’une journée, car elles n’avaient pas fait ce qui était prévu. En ce qui me concerne, cela a eu l’effet inverse. Les daylies me permettent de déculpabiliser : mes premiers daylies étaient très fournis, comme les plannings que j’avais l’habitude de faire pour travailler… générant des retards incessants.

IL VAUT MIEUX REPORTER LES TÂCHES DANS SON BULLET JOURNAL PLUTÔT QU'AGRENDIR INDÉFINIMENT UNE TO DO LIST

Je suis donc passé d’une to do list d’une quinzaine de choses (parfois de petites choses, car je note tout), à des to do list de cinq points. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain.

Les  Trackers
Les trackers sont des pages un peu particulières. Elles permettent de traquer vos habitudes, les choses que vous faites de façon chronique. Cela peut-être vos routines du matin ou du soir, votre miracle morning, vos séances de sport

Le plus simple est de les présenter sous forme de tableau, comme ça :

BULLET JOURNAL : EXEMPLE DE PAGE DE TRACKER AVEC DATES ET ROUTINES

Les trackers sont vraiment super utiles si vous souhaitez prendre de nouvelles habitudes, par exemple. Personnellement, je les utilise essentiellement pour mon blog et pour… mon ménage. Oui, oui.

Côté blog, je trace une colonne par action, en face de chaque idée d’article :

  • écriture
  • dessin
  • couleur
  • scan/photo
  • photo pour instagram
  • mise en ligne
  • publication facebook
  • lien sur twitter
  • publication instagram
  • vidéo snapchat

Cela me permet de commencer plusieurs articles à la fois sans m’emmêler les pinceaux. Je le présente comme ça :

Tracker pour organiser son blog sur son bullet journal : colonne 1 pour les idées, puis une colonne par action à effectuer : dessin, mise en ligne, réseaux sociaux
là je vous met une photo de mon tracker, pas le courage de tout redessiné ! Notez que j’ai beaucoup plus d’idées d’articles que je n’ai le temps d’en réaliser !

Avec ces trois éléments, calendex, daylies et trackers, vous avez déjà de quoi bien vous organiser avec votre bullet journal.
Et, avez-vous remarqué ? Il n’est question nul part de “joli”, de “dessin”, de calligraphie ou de scrapbooking. Le but du bullet journal, c’est l’organisation, pas de faire un bel objet. Le bel objet est totalement optionnel. Cela peut avoir un aspect motivant, pour donner envie d’ouvrir les pages de votre carnet.
Les suppléments que j’ai ajouté à mon bullet journal

Pour faciliter mon organisation, j’ai ajouté des rubriques que je note, bien entendu, dans mon sommaire ! C’est là qu’il va s’avérer essentiel : il pourra suivre votre inspiration tout en vous permettant de vous y retrouver.

I’ll do that later
Les daylies c’est bien joli, mais il y a des choses à long terme que je dois faire et que j’ai très peur d’oublier (l’oubli joue aussi son rôle dans la procrastination). C’est donc sur cette page que je note mes tâches à long terme. Je la consulte régulièrement, bien entendu, lorsque mes daylies sont moins chargés, ou que j’ai du temps pour faire plus de choses.

Planning du nanowrimo
C’est le seul planning à objectif que je me donne sur l’année car l’objectif du nano est chiffré. Je ne prévois pas forcément d’écrire 1667 mots par jours, car ils sont une moyenne et ne sont pas représentatifs de la façon dont je vais gérer mon mois. Par exemple, cette année je me suis fixé de gros objectifs les deux premières semaines afin de pouvoir écrire moins de mots en fin de mois, pour pouvoir dormir et préparer mon arrivée dans ma nouvelle boite de manière sereine !

Comptes rendus de réunions
je prends mes notes de réunion directement dans mon bujo, comme ça je suis sûre de ne plus les perdre parce que je les aurais laissées sur une feuille volante !

Mon boulot en freelance
Il mériterait un bujo à lui tout seul, mais le but est de TOUT avoir au même endroit pour ne rien perdre. J’organise mon travail sur le même principe que mes daylies, mais de façon à ne pas mélanger mes notes informatives et mes tâches.

BULLET JOURNAL : EXEMPLE DE PAGE D'ORGANISATION DE TRAVAIL, EN SÉPARANT LES NOTES UTILES DES TÂCHES

Mais aussi :

  • Ma liste de courses
  • Mes idées de cadeaux de Noël
  • Mes plans pour mon site internet et mon book
  • Une pochette qui conserve tous les papiers qui me sont utiles ou que je ne souhaite pas perdre : ordonnances, notes de visites, croquis pris sur feuilles volantes…

 

Que se passe-t-il lorsque j’ai fini mon bullet journal ?

Comme pour les tâches que l’on reporte, n’oubliez pas de reporter dans votre nouveau carnet tout ce que vous voulez garder !! Exit le vieux sommaire et les daylies, mais reportez les to do list à long terme, les notes de projets, etc.

Cela demande un peu de travail, mais vous voulez vous organiser ou non ? Bon !
Je pense que vous avez là une bonne base pour commencer votre propre bullet journal ! Comme on peut y mettre beaucoup de chose, cet article serait sans fin si j’en disais plus pour le moment. Mais n’hésitez pas à poser des questions en commentaires si vous souhaitez en savoir plus ou avoir des explications sur des points particuliers !

Et vous, vous avez aussi un bullet journal ? Quelles rubriques avez-vous ajouté pour votre propre organisation ? Cela vous a-t-il aidé à lutter contre la désorganisation ? Comment gérez vous la culpabilité ?

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Écriture : quantité ou qualité ?

La question de la quantité ou de la qualité sur une session d’ écriture n’est pas toujours celle qui nous vient en premier, préoccupés que nous sommes à terminer déjà ce premier fichu paragraphe, si Dieu le veut.

Pourtant, il a un véritable aspect “bloquant”. c’est ce que certains vont appeler “l’éditeur intérieur”* . À savoir, la petite voix en nous qui refuse que nous passions à la suite parce que le chapitre sur lequel nous sommes n’est pas abouti. On le relit, on le réécrit, jusqu’à atteindre un certain stade de satisfaction. Mais l’écriture globale n’avance pas des masses, ce qui engendre de la frustration.

 

Lâcher prise

Laissez moi lever le voile sur le mystère : peu importe combien de fois à la suite vous aurez relu et/ou réécrit votre chapitre, il ne sera jamais qu’un premier jet.Il sera perfectible. Il faudra le retravailler.

Comme c’est un peu mon domaine, comparons cela à une toile, ou un dessin : on fait d’abord l’ébauche au crayon ou au fusain. C’est le premier jet. On a le choix de le travailler plus ou moins précisément. Certains artistes ne font que les tracés globaux, d’autres travaillent les détails avec une précision presque maladive. Mais peu importe la précision de ce dessin, il ne restera qu’une ébauche. Il manque la peinture, la couleur, l’encre. On ne sort pas une œuvre d’art d’un premier coup de pinceau, sauf dans le fantasme un peu trop présent d’un public qui ne connaît pas le processus créatif et a un certain nombre d’idées reçues sur le talent.

Votre premier jet sera donc sujet à une réécriture, plus tard, quand vous aurez pris du recul et que vous aurez un œil neuf sur votre histoire et votre style.
Mon conseil : en sachant cela, évitez de vous acharner sur vos tournures de phrases et les relectures. Laissez le temps faire son œuvre. Grâce à lui, vos erreurs vous sauteront aux yeux dans quelques mois. Écrivez.

 

Écrire

Vous aurez donc compris mon point de vue : quantité et qualité sont tous deux nécessaires mais se travaillent sur deux temps différents. Peu importe le nombre de fois que vous relirez et corrigerez vos bouts de récits, vous ferez sur lui le même travail de réécriture que si vous ne l’aviez jamais relu.

Il est assez évident que je travaille d’abord sur la quantité et ensuite sur la qualité. Ça n’a pas toujours été ainsi. Je ne le dirai jamais assez : le nanowrimo a radicalement modifié ma façon de travailler. Le premier que j’ai fait m’a permis de lâcher prise et de laisser la relecture pour plus tard. Alors que j’ai écrit cinq chapitres de mon projet actuel en 6 mois, les 18 chapitres suivants m’en ont pris un seul.

L’avantage d’une telle course à la quantité : débrider les doigts sur le clavier, se laisser emporter par le récit et par ses personnages, gagner un temps précieux (pendant lequel vous pourrez faire vos courses, lire, regarder une série ou faire l’amour). Cela aura également l’avantage de vous apporter la satisfaction d’arriver au bout de votre récit. Cette chose si lointaine lorsque vous en écrivez les premiers mots, et qui vous semble inatteignable lorsque vous relisez pour la dixième fois votre cinquième chapitre, qui situe l’action encore au milieu de l’introduction à votre histoire.

Mon conseil : ne perdez pas de vue la ligne directrice de votre récit, restez focus sur ce que vous avez encore à raconter et pas sur la maladresse que vous n’arrivez pas à corriger deux paragraphes plus haut. Dans deux mois, je suis certaine que vous aurez une illumination pour régler ce problème.

 

Réécriture : enfer et damnation 

La réécriture n’est pas une mince affaire alors autant vous concentrer dessus entièrement sans avoir à vous demander où va votre récit. La qualité vient pendant ce second temps. C’est à ce moment là que vous allez enrichir votre histoire, affiner vos dialogues après avoir étoffé vos personnages au fur et à mesure d’un récit que vous aurez mené à son terme, ajouter des descriptions, des ambiances, apporter des précisions.

À mon très humble avis, ce serait dommage de faire cela avant de savoir quelle tournure prendra votre histoire. Ce personnage dont la description ne vous a pas satisfait et sur la description duquel vous êtes revenu cent fois, a finalement peut-être changé de couleur de cheveux et s’est retrouvé affublé en cours de route d’un passé tragique qui influencera l’ensemble de son comportement, rendant totalement incohérent son attitude et sa manière de parler pendant une quantité de chapitres.

La réécriture sert à harmoniser votre récit. Elle est importante aussi si vous souhaitez aboutir votre roman / nouvelle / fiche de personnage, etc.
Si votre écrit n’est pas destiné à hanter un classeur ou un tiroir que personne n’ouvre jamais, vous ne pourrez pas passer à côté de cette étape. Elle est votre garantie de qualité.

Mon Conseil : laissez passer un peu de temps, au moins un ou deux mois, entre ces deux étapes. Digérez votre 1er jet, oubliez le pour pouvoir le relire avec un œil neuf.

Vous verrez, gérer quantité et qualité en deux temps vous permettra de retravailler votre roman de façon bien plus qualitative. C’est après cette réécriture que vous pourrez enfin faire relire votre histoire à une tierce personne. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

* : terme employé dans « Écrivez un roman en 30 jours », de Chris baty aux éditions Bragelonne, qui vous aidera à attaquer un nanowrimo

Écriture : de bonnes conditions pour se plonger dans un récit

Pour se plonger dans un récit ET être productif. Rien de pire que de s’octroyer une heure le dimanche pour avancer son récit (quel qu’il soit, roman, article de blog, fiche de personnage pour un GN), et d’aligner les mots cinq par cinq en étant distrait 20 minutes entre eux. Je ne vais pas vous faire une liste exhaustive de ce qu’il faut faire pour avoir de bonnes conditions d’ écriture, mais vous donner les miennes.

Nous sommes tous inégaux face à la concentration, certains peuvent s’isoler mentalement au milieu d’un Starbucks bondé, d’autres peuvent être seuls chez eux au calme et avoir la concentration d’un chaton de deux jours.

Ici je vous donne mes propres mises en place, peut-être vous aideront-t-elles à trouver les vôtres, du moins je l’espère !

Avoir un minimum de temps

Vous êtes peut-être de ceux qui peuvent écrire 5 minutes par ci par là sur leur téléphone et tout regrouper ensuite. Pas moi. Rien que pour allumer mon ordinateur, lancer word et ouvrir mon document, je dois disposer de ces 5 minutes. 10, si mon ordinateur vieillissant a décidé de m’embêter. Donc mon minimum pour m’installer pour écrire, c’est de me lancer dans 30 min d’écriture.

Ne consacrer ce temps qu’à ça, préparer sa session

Oui, ça peut être compliqué. Votre chat va miauler, votre mari va vous raconter sa journée, votre téléphone va sonner, vous allez avoir envie de vous préparer un thé, et tout cela va probablement prendre toute votre demi heure. Le temps passe assez vite lorsqu’on le rempli avec ce genre d’occupations, vous ne trouvez pas ?

Mon conseil n°1 : préparez tout avant. Le casque qui isole du son extérieur, votre mug avec votre thé ou café, la bouteille d’eau, l’assiette avec des choses à grignoter si vous êtes un gourmand ou un compulsif (le temps de la création n’est pas le temps pour soigner ses défauts !), enfermez le chat dans la pièce d’à côté (si vous n’avez pas la force d’ignorer ses miaulements et les appels au câlins), prévenez mari, épouse et enfants que pendant le temps que vous souhaitez consacrer à l’écriture, vous ne serez pas disponible DU TOUT. Évitez d’y consacrer plus de temps que vous ne consacrez à votre session d’écriture.

Mon conseil n°2 : Ne faites qu’écrire pendant votre session d’écriture. Pas de facebook, pas de téléphone, pas de travail, ne répondez pas aux personnes qui vous sollicitent. Apprenez à rester concentrés. Portez des écouteurs isolants ou des boules quies si c’est vraiment impossible pour vous de ne pas vous laisser distraire par le bruit ambiant. Si cela peut vous rassurer en terme de faisabilité : je vis dans des conditions assez spartiates et partage une pièce unique de 10m2 avec mon mari qui joue aux jeux vidéo pendant que j’écris. En appliquant ces quelques conseils (surtout l’isolation phonique et le fait de le prévenir), je ne rencontre aucun souci pour me concentrer.

Ne pas s’épuiser à l’écriture

Ça c’est un truc que j’ai appris lors des sessions de groupe du nanowrimo et que j’applique désormais chez moi : comment écrire sur une longue durée sans épuiser ma tête ? Les nuits de l’écriture s’organisent sur des sessions de 30 minutes d’écritures, dans les intervalles desquelles sont calées 30 minutes de pause, sans obligation de prendre une pause. Le système m’a assez bien convenu : j’ai découvert que de longues pauses étaient bien plus efficaces que de courtes pauses pour condenser les sessions d’écriture. Ainsi, je sais que je peux écrire entre 30 min et 1h30, et qu’entre chaque session je fais autre chose pendant 30 minutes. cela m’assure également de ne pas tout abandonner durant mes week ends. En général je met à profit ces pauses pour faire la vaisselle, étendre le linge ou profiter de mon amoureux qui a attendu patiemment que je sois disponible (cf paragraphe précédent). Cela me permet de ne pas saturer mon cerveau avec les éléments de mon récit ou l’enfer des répétitions (ma bête noire. Quand je me relis, on dirait que j’ai en tout et pour tout dix mots de vocabulaire), et de m’assurer qu’un minimum de choses seront faites chez moi pendant le week end ou la soirée. Comme j’ai horreur du ménage, ça me permet aussi de ne pas y consacrer trop de temps d’affilée et de m’occuper un peu de l’appartement en toute sérénité ! Bref, c’est une organisation qui me sert dans plusieurs aspects de ma vie.

Se mettre dans l’ambiance

Personnellement, j’écris en écoutant de la musique. Cela m’est quasiment indispensable, d’autant plus si j’écris un récit de fiction, ce que je fais BEAUCOUP. Je peux écrire mes articles de blog en silence (je le fais d’ailleurs la plupart du temps) car ils sont courts et guidés par mes propres émotions et non celles de personnages fictifs qui me sont, finalement, étrangers, puisqu’ils ne sont pas moi. J’écris aussi sans musique lors des ateliers d’écriture, mais c’est parce que je n’ai pas le choix ! Soit dit en passant, la mécanique d’un atelier d’écriture mériterait un article à part entière. ^^

Avez-vous une playlist ? Avec Deezer et Spotify, c’est très facile d’en créer une variée, voire plusieurs selon vos différents projets. Pour ma part, j’en ai une générique pour écrire de la fiction, et une plus spécifique pour un projet qui se déroule à la fin des années 60. Oui je m’enquille du Johnny et du Sheila pour l’amour de l’art. J’avais déjà donné quelques titres dans mon article sur le nanowrimo, et je ferai sans doute un autre article consacré à cette playlist, mais globalement, j’aime les musiques de films (je suis une inconditionnelle de Danny Elfman) et de jeux vidéo et j’ai très peu de chansons dedans, car les paroles ont une tendance à me déconcentrer.

 

Lorsque ces quatres points sont appliqués, il est plus aisé de se plonger dans son récit et d’être productif, car nous nous sommes mis en conditions. J’espère que ces quelques tips vus aideront vous-même à vous plonger dans votre récit.

Est-ce que cela vous a aidé un peu ? Vous avez un projet entamé, ou à mettre en marche ? Et vous, avez-vous une playlist ? Quels sont vos morceaux de choix ?

Mes pistes musicales du moment :

  • Promentory – Trevor Jones (Le Dernier des mohicans, une des plus belles bandes son du monde)
  • Discombobulate – Hans Zimmer (Sherlocke Holmes)
  • Light of the Seven – Ramin Djawadi (Game of Thrones saison 6)
  • Lonely Day – System of a Down

Le point G (raphique) #2 : Pourquoi les affiches de théâtre sont-elles moches ?

Alors déjà ce n’est pas moi qui me demande pourquoi les affiches de théâtre sont moches, c’est une question que l’on me pose très souvent en tant que graphiste (un peu comme vous demanderiez à votre ami juriste « pourquoi c’est illégal d’utiliser des photos prises sur Google alors qu’elles sont à disposition gratuitement sur internet ? » —si vous n’avez pas la réponse à cette question et que vous pensez que c’est gratuit ET légal, je vous invite vivement à vous renseigner). Et je vais y répondre dans cet article.

Si on me pose souvent cette question, c’est parce que la plupart des affiches croisées à Paris (je me base sur Paris et l’Ile de France car c’est là que je vis, mais je ne doute pas que les autres théâtres suivent les mêmes règles que celles que je vais énoncer plus bas) ressemblent à ça :

affiches de théatre moches

D’ailleurs, je ne peux m’empêcher de vous partager certains visuels créés par Boulet il y a quelques années qui avait justement pris le parti de recréer des affiches de films en mode « affiche de théâtre moche ». C’était vraiment bien vu.

55_theatre02

Ces affiches sont visiblement communément qualifiées de « moches ». Or, pour bien comprendre pourquoi elles ressemblent à ça, il va falloir que je vous explique une notion très importante en communication visuelle : le code graphique. Le code n’est pas un livre, n’est pas écrit et n’est pas explicite. Il s’agit plutôt de la façon dont le graphiste va exprimer visuellement un sujet pour qu’il soit compris très vite du plus grand nombre. Et quand je dis « très vite » j’entends « entre 1 et 3 secondes ».
Pour que le sujet et le thème, et souvent plus de messages encore (la cible, la qualité, par exemple) soient compris du public pendant les 3 petites secondes où il posera les yeux sur une affiche, il faut parler à son inconscient. Il faudra parler à son œil avant de parler à sa raison. Et pour cela, il y a des codes précis, comme, par exemple :

  • des placards jaunes et rouges avec une typo simple et énorme vous dirons « discount » et « bas de gamme »
  • un fond blanc ou noir avec une typo fine à empattements, le plus épuré possible vous dira « luxe » (un code extrêmement compliqué à comprendre pour les clients, qui ont une impression de vide)
  • des visages d’acteur énervés avec une explosion en arrière plan et un titre énorme diront « film d’action ».

Bien entendu, je résume, je ne peux pas vous donner le « truc » en quelques mots lorsqu’il faut plusieurs années d’études et de pratique pour exercer correctement son métier, quel qu’il soit.

Si le graphiste, dont le métier est avant tout d’avoir dix idées à la minute pour exprimer une chose non palpable et facilement interprétable par d’autres, ne faisait pas correctement son travail, on aurait des choses comme ça :

55_theatre03

De même, une affiche simple, en mode « fait à la maison », un peu potache, vous dit « théâtre ». Lorsque vous passez devant un 4×3 dans le métro recouvert d’une dizaine de petites affiches de théâtre, vous ne vous dites pas « oh ! Les affiches d’exposition du Louvre ! » ou « Tiens, quelles sont les réductions Carrefour en ce moment ? » Non. Vous comprenez directement qu’il s’agit d’affiches de théâtre.

Parce que graphiste est un métier, et que nous savons vous envoyer le bon message tout de suite. Nous devons connaitre et savoir utiliser les codes tacites compris par tous. La seconde tâche qui est la notre est de les rendre beaux, afin de créer une émotion chez la personne qui verra notre travail.

Il arrive parfois que ces codes soient transcendés par un artiste de talent grâce à une interprétation novatrice et personnelle. Si le public (le plus grand nombre) adhère, alors ces nouveaux codes seront copiés et recopiés, pour enfin devenir les nouveaux traceurs du genre. C’est aussi comme ça qu’il existe de grandes modes, autant dans le graphisme que dans d’autres courants des arts appliqués (petit rappel des arts appliqués : par exemple le stylisme, l’architecture, l’illustration, le packaging… toute création artistique qui sert dans le quotidien. Si, si, je vous jure, ça sert. Personne n’a envie de s’habiller avec de la toile de jute.)

Prenons justement l’exemple de l’affiche de théâtre : si on revient à la source, nous tombons là dessus :

55_theatre04

vosv1m8cÀ la fin du 19e siècle, les affiches du Théâtre de la Renaissance ressemblaient à ça. Elles sont dessinées par Alfons Mucha. Tout comme les affiches pour les spectacles du Moulin Rouge de Toulouse Lautrec, elles sont désormais aussi célèbres qu’un Van Gogh, et pourtant, à l’origine, c’étaient bel et bien des affiches de publicité culturelles (et encore, pour le Moulin Rouge, vous pouvez comparer ça à de la pub pour une boite de nuit de nos jours. Ça fait toujours plaisir de remettre les choses dans leur contexte).
Comme vous pouvez voir, Mucha était une figure de l’art nouveau, un art qui est désormais célèbre et s’est illustré dans les arts appliqués : architecture, publicités, mobilier public (stations de métro)

Après guerre, un autre mouvement fera fureur dans les arts appliqués : l’art déco. Il a le vent en poupe ces derniers temps grâce à la dernière adaptation cinématographique de Gatsby le Magnifique (par Baz Luhrmann d’après l’œuvre de Fitzgerald). L’art déco est d’autant plus connu qu’il est lié à des œuvres qui sont devenues mondialement connues dans d’autres domaines : difficile de ne pas imaginer Hercule Poirot évoluant dans ce décor, les personnages en quête des grands anciens dans les œuvres de Lovecraft, ou tout simplement toute l’imagerie des années folles gravée dans nos esprits. Il a aussi laissé son empreinte dans le monde de la peinture grâce, entre autres, à l’artiste Tamara de Lempicka.

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Le Chrysler Building, Portrait du Docteur Boucard de Tamara de Lempicka, Affiche des Folies Bergère, Affiche originale de Metropolis

Bref, les modes. Et leurs codes très spécifiques.

Revenons aux codes graphiques tacites. L’exemple le plus simple que je peux vous donner est la littérature : On sait tous comment est fait un livre. Une couverture, un titre, le nom de l’auteur.
Cependant, lorsque vous parcourez une librairie, vous arrêtez-vous à tous les rayons en espérant tomber par hasard sur le livre qui vous plait ? Non. En analysant très rapidement et souvent de manière inconsciente l’aspect de la couverture, vous savez tout de suite si le rayon va vous intéresser ou pas.

Très concrètement : prenez les livres de Grasset. Pas de visuel, de la sobriété, un titre, un nom d’auteur, le logo Grasset. En prenant un de ces livres, vous savez que vous allez acheter une littérature digne d’un Goncourt, avoir le plaisir d’une plume, d’un style d’écrivain. Vous savez que vous ne trouverez ni les mêmes sujets ni la même plume d’auteur au rayon Harlequin© ou Barbara Cartland. Visuel d’un couple passionné, du rose, du violet, une typo à arabesques, ces codes graphiques vous envoient directement un autre message. Celui du roman à l’eau de rose. En moins d’une seconde, vous savez que ce n’est pas dans le rayon Harlequin© que vous trouverez le dernier Frédéric Beigbeder.

Même si la création graphique finale n’est pas heureuse, le graphiste aura tout de même bien fait son travail si vous avez tout de suite compris de quoi il vous parlait. C’est ce que j’évoquais d’ailleurs brièvement dans le dernier point G à propos de l’affiche des 3 mousquetaires.

Ce pré-travail que le graphiste fait pour vous vous permet de vous faciliter la tâche. Vous n’avez pas à chercher. Vous comprenez un maximum d’informations en une seconde. Vous pouvez consacrer votre temps à chercher un auteur dans un petit rayon et pas une librairie entière. Vous pouvez réduire votre recherche en classant les couvertures qui vous plaisent le plus, ce qui fait qu’au final, je doute que vous lisiez plus de 10 résumés au dos de livres lorsque vous cherchez une nouvelle lecture.

Il en est de même pour le théâtre. Nous vous permettons de faire le tri en une seconde. Vous préférez les expositions ? Cette affiche n’est pas pour vous. Vous cherchez une pièce potache ? Vous vous doutez que cette affiche avec un jeu typo sera plutôt du Corneille, vous vous rabattez sur les deux comédiens en gros plans avec leur tête détourée. Vous n’avez pas perdu plus d’une minute pour vous informer sur les spectacles. perplexe

Encore mieux, vous avez des théâtres comme le Théâtre du Rond Point. Ils ont une identité graphique tellement forte avec les illustrations toujours du même auteur et le gabarit d’affiche toujours identique, qu’à la moindre de leurs affiches, on sait tout de suite qu’ils proposent une nouvelle pièce. C’est très intelligent et réussi (et personnellement, je ne trouve pas ça moche du tout).

14636516346298_photo_hd_24725Parfois, certaines affiches sortent du lot en s’approchant de l’affiche de film. Je pense notamment à l’affiche du Syndrôme de l’Écossais. On retrouve vraiment les codes de l’affiche de la comédie chorale américaine. C’est très attractif car on est à la limite du théâtre et du cinéma, ce qui la rend bien plus tout public. Le graphiste a fait simple, mais extrêmement intelligent.

 

Bref, la conclusion est : ne vous attendez pas à voir une œuvre d’art ou quelque chose de vraiment original pour une affiche de théâtre ! Sinon, votre œil ne comprendra tout simplement pas que c’est une affiche de théâtre ! Et personne n’ira voir la pièce. C’est parce que l’on doit parler rapidement à votre œil que les affiches de théâtre sont moches. Et n’oublions pas que certains lieux permettent des créations graphiques vraiment sympas !

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Affiches de Michel Batory, Pierre Jeanneau et Mélissa Allard

C’est en battant le record de répétitions des mots « théâtre » et « œil » dans un seul paragraphe que je vous quitte, en espérant vous avoir insufflé une indulgence toute nouvelle pour les affiche de pièces de théâtre !

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PS : je ne dispose malheureusement pas des crédits pour tous les visuels présents ici. Si vous voyez votre travail et souhaitez être

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