Je voulais depuis un moment commencer un nouveau type de billets qui change un peu de mes dessins habituels.
Je me rends compte qu’avec les années j’accumule pas mal de savoir -faire dans mon métier, et j’aimerais plus en parler ici. Alors pour commencer, je vais faire une petite analyse graphique sur des productions visuelles qui m’ont marquées. Pourquoi certaines choses sont si belles et d’autres ne fonctionnent pas ? J’en parle ici. Chaque semaine une qui m’a beaucoup plus, et une autre pas du tout. Cette semaine, je confronte 2 affichages culturels.


Je commence par les affiches qui m’ont transportées de plaisir cet été : celles pour le Grand Palais. Il a été extrêmement difficile de les trouver sur internet, donc je met les 2 seules que j’ai trouvées.

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Féérique, n’est-ce pas ? Le toit du Grand Palais en points de lumière sur un fond bleu nuit ou rose, j’ai trouvé ça magique.

Il faut dire que, contrairement à l’affiche que je traiterai plus bas, je suis exactement dans la cible : parisienne, cultivée, 25-55 ans, qui aime aller au musée, et qui aime Paris.

Car c’est ce dont nous parle cette série d’affiches : la magie de Paris. Je trouve que ce dessin simple, juste évocateur. Il nous montre en quelques points esquissés le sentiment qu’on ressent lorsqu’on visite Paris la nuit. La tour Eiffel qui scintille, les lumières du pont des arts, et, justement, la lumière sous la coupole du Grand Palais.
C’est ce point de vue féérique qu’a choisit l’agence IP.3 pour nous parler de ce musée. Et je trouve cela extrêmement réussi. Le dessin est simple, mais il est soutenu par une police typographique intelligente, tout en points, et d’un dessin super carré, sans empattements, très moderne, finalement.

Ces éléments nous indiquent 2 choses : ici on parle à la fois du Paris historique, avec la coupole, la ville lumière, tout en lui donnant la touche de modernité nécessaire pour accrocher (également donné par le rose orangé sur la version de cette couleur) et ne pas donner l’impression que le musée est seulement pour les vieux croutons conservés dans autant de formol que les œuvres d’art qu’ils vont visiter (oui, ce genre de cliché a la vie dure).

Il va sans dire que je suis toujours extrêmement sensible aux mises en page sobres. On va à l’essentiel, pas besoin de fioritures. Graphistes en herbe, vous pouvez retenir ça dans un coin (lorsque j’étais étudiante, je découpais les visuels dans les magazines et les collectait dans des cahiers. Maintenant, vous avez pinterest, petits veinards, donc mettez ça sur votre tableau « design graphique »)

J’adore. Merci IP.3 pour cette belle campagne !


Pour la deuxième analyse graphique, on va rigoler un peu avec l’affiche de la comédie musicale Les 3 Mousquetaires.

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Sincèrement, ça a été difficile de ne pas me brûler les yeux sur cette affiche ces dernières semaines tant elle est collée partout dans Paris et tant… elle est moche. Je ne dis pas que le graphiste qui l’a exécuté est nul, au contraire, je pense qu’il a parfaitement répondu à la commande. Mais parfois, en tant que graphiste, on a un peu honte de notre travail, car il faut répondre à des critères qui ne sont pas ceux du beau, mais ceux du marketing. On pleure quelques jours et on passe à un projet plus valorisant pour notre ego, évitant de mettre ce dernier boulot dans notre book (sauf si on y excelle et y éprouve un certain plaisir. J’ai moi-même exécuté ce genre de choses entre le ridicule et le kitsch pendant presque 5 ans, chez mon tout premier employeur. Et j’ai adoré.)

Pourquoi est-ce que je trouve cette affiche ridicule ?

Déjà, parce que c’est le bon mot : ces danseurs avec leurs bras en l’air qui essaient de te faire croire qu’ils sont mousquetaires, ces looks hyper actuels avec du gel dans les cheveux, ces torses totalement glabres, les petits vestons en cuir (surtout celui sans manches, mon préféré)…
Et puis, sérieusement, les chemises grandes ouvertes en plein combat à l’épée ? Si vous aussi vous faites partie de ces gens qui hurlent devant les films « Mais pourquoi toi t’es en côtes de maille et ta copine elle se bat à l’épée en slip et en soutif ??? » Bah oui, quand on risque de mourir d’un coup d’estoc, on se protège, on fait pas tomber la chemise. Et ça, ça m’énerve carrément. Je trouve que ça donne un peu une idée du « niveau » du spectacle, et ce n’est pas très engageant.
Et comme par hasard Milady est rousse (je suppose que c’est ce personnage compte tenu de son importance dans l’histoire par rapport aux autres) et c’est quoi cette immonde coiffure pas du tout d’époque ?
On termine par l’effet brume et le château en fond qui ressemble plus à Versailles qu’au Louvre, et on a complété le tableau.

En dehors de ça, la composition est correcte mais tous ces personnages supperposés les uns aux autres provenant de 9 photos différentes au dessus du logo certes correct aussi mais posé sur une ombre noire dégueulasse, je dis non. C’est marrant, l’ombre portée du logo, je ne l’ai pas vue au premier coup d’œil, mais maintenant que je l’ai, je ne vois plus que ça. C’est un peu crado, non ?

Bref, on a fait pire, mais c’est juste ridicule dans ce que ça raconte (je trouve que ça pourrait être l’affiche d’un film indien).

Ce que cette affiche réussit admirablement : ce n’est qu’une supposition car je ne suis clairement pas dans la cible, mais cette affiche atteint, justement, parfaitement sa cible, et parle de son sujet.
A savoir communiquer sur la comédie musicale, d’une part, en mettant tous ces mousquetaires les bras en l’air, histoire qu’on comprenne bien qu’ils dansent (à moins que ce ne soit pour bien occuper l’espace supérieur et équilibrer la composition ?) au cas où parce que ce n’est écrit nul part qu’il s’agit d’une comédie musicale (j’espère qu’ils nous épargneront le terme d’opéra rock. Cette affiche l’interdit directement. Ça ne sent ni l’opéra, ni le rock ici).
D’autre part, la cible, justement : les beaux gosses (chacun ses goûts), les torses glabres bien exposés pour l’affiche (ça pue la retouche photo), la petite princesse pas trop mise en avant pour pas faire concurrence à la cible, on s’adresse CLAIREMENT à la jeune fille en fleur, qui ne demande qu’à fantasmer sur ces mousquetaire d’opérette (j’aime ce terme pile pour ce sujet !)

Ainsi, cette affiche est moche, mais elle a BESOIN d’être moche (j’exagère, on va dire qu’elle n’est « pas très heureuse »), pour attirer les bonnes personnes en salle. On se retrouve avec la même problématique que pour les affiches de théatre.

D’ailleurs, je devrais faire mon prochain Point G sur ce thème : « Pourquoi les affiches de théatre sont-elles moches ? » C’est une question qu’on me pose souvent, en tant que graphiste. Ça vous dit ?

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7 Comments on Le Point G (raphique) #1

  1. Coraline
    1 octobre 2016 at 16 h 01 min (12 mois ago)

    Pas très sympa ce que je vais dire, mais une affiche de beauf pour un spectacle de beauf. Il suffit d’écouter les chansons de ce spectacle à la radio, des textes pas très évoluées… de la varietoche un peu ras les pâquerettes…

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    • Béren
      2 octobre 2016 at 8 h 52 min (12 mois ago)

      Je n’ai pas du tout entendu les chansons, donc l’analyse est uniquement basée sur l’affiche. ^^

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  2. Elize
    1 octobre 2016 at 20 h 41 min (12 mois ago)

    Super article ! N’étant pas du milieu, je n’avais pas fait cette approche, je ‘subis’ juste et me cantonne à un ‘c’est moche’ ou pas de commentaire quand ça me correspond. Je trouve l’analyse très juste.

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    • Béren
      2 octobre 2016 at 8 h 52 min (12 mois ago)

      Merci Elize !

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  3. Valicka
    5 octobre 2016 at 18 h 27 min (12 mois ago)

    J’adore lire tes commentaires, c’est une super idée, ce point G !

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    • Béren
      6 octobre 2016 at 8 h 48 min (12 mois ago)

      Merci !!! 🙂

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  4. mya03
    24 novembre 2016 at 12 h 20 min (10 mois ago)

    effectivement c’est tres boys band 20 ans après quoi XD

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