J’en parle déjà dans plusieurs articles sur l’écriture : aujourd’hui je vais développer un peu plus le principe du processus créatif. Terme obscur et abscons pour certains, abus de langage ou mot pompeux pour d’autres, le processus créatif existe réellement et, de surcroit, est une mécanique simple, que je vais tenter de vous expliquer ici.

illustration : processus créatif

Qu’est-ce que le processus créatif ?

Pour résumer, ce que j’appelle le processus créatif, c’est une manière de créer, dans tous les domaines. Cette méthode est interchangeable dans tous les aspects de la création. Je l’ai apprise en école de communication visuelle, développée en travaillant, mieux comprise en entamant des études de stylisme, et appliquée pour l’écriture de mon petit roman en cours.

Vous l’aurez compris, il s’agit simplement d’une méthode de travail.

Une méthode qui consiste à réunir des idées, brainstormer, imaginer, rassembler, et sortir quelque chose de neuf, car même si vous vous inspirez, votre touche, votre personnalité transparaitra toujours dans ce que vous avez créé. Du moins si votre volonté n’est pas de copier.

Mais copier, cela peut-être un intéressant lorsqu’on est un grand débutant. Lorsque j’avais 14 ans, je copiais les dessins d’Akira Toriyama et de Mitsuru Adachi. Cela ne m’a pas permis de développer mon propre style, en revanche il m’a permis d’appréhender l’anatomie, les différences graphiques, et le fait de travailler, tout simplement, sur un dessin. Tout travail vous permet d’avancer vers votre but. Il en va de même pour l’écriture. Au même âge, j’écrivais des histoires sans intérêt copiées sur ce que j’avais vu au cinéma. Ce n’est qu’un peu plus tard que je me suis demandé ce que j’avais vraiment à inventer, et sans le savoir, je touchais pour la première fois au processus créatif en mélangeant des bribes d’histoires et en tirant des idées de rêves farfelus, pour écrire mes propres bandes dessinées.

Comment imaginer de nouvelles idées ?

Rien ne se perd, tout se transforme est une base pour apprendre à créer. Ne croyez pas que les univers, les tableaux, les sculptures, les films sont des œuvres tout droit sorties de l’imagination pure et fertile de créateurs. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.

La création, c’est comme une grande recyclerie.

Tout comme la moi adolescente, certains auront l’impression de créer des univers originaux de toute pièce. En réalité, ils auront été nourri de ce qu’ils ont vu, écouté, regardé, admiré, et même détesté. Des films, livres, dessin-animés, bandes dessinées, mangas, contes de leur enfance. Même pour ceux qui aiment prendre des notes de leurs rêves à leur réveil, ces derniers sont la plupart du temps une digestion de nos réflexions du jour, voire totalement influencés par le film qu’on a regardé avant de se coucher. Les gamers comprennent de quoi je parle, puisque lorsqu’on cumule trop d’heures de jeu, on a tendance à en rêver toute la nuit.

Le processus créatif, c’est ce qui consiste à prendre quelques éléments connus et les assembler pour créer quelque chose de nouveau. Nous pouvons le faire de façon tout à fait consciente et réfléchie.
Cela consiste à prendre des éléments épars et très différents de la vie, d’univers, de créations, et de les accoler pour créer une forme inédite.

  • Alien, c’est : Les Dents de la mer + espace + huis clos
  • Vision d’Escaflowne, c’est : Patlabor (Goldorak pour ceux qui sont moins calés en animés) + un univers fantasy avec des dragons + Jules Vernes + Platon (l’Atlantide)
  • Bridget Jones c’est : Orgueil et préjugés + époque moderne

Vous pouvez faire l’exercice avec Harry Potter, si vous en avez le courage.

Bien entendu, cela parait assez simpliste, mais c’est vraiment le gros du travail. C’est ce qui vous permettra d’obtenir les bases de votre histoire. Ensuite, libre à vous de broder et d’ajouter encore plus d’éléments et de détails. Vous aurez peut-être noté dans les exemples ci dessus que plus l’auteur mélange d’éléments, plus l’histoire est originale, dans tous les sens du terme.

Exemple pour la création d’un personnage :

Vous ne savez pas ce que vous voulez. Enfin si, vous savez que vous ne voulez pas créer un personnage sérieux, disons. Alors prenez un personnage foufou + un personnage qui correspond à votre univers + un défaut qui donnera du caractère à votre création.

Faisons l’exercice ensemble :

  • Personnage foufou : Phoebe de Friends
  • Votre univers est steampunk : vous mélangez avec le style vestimentaire et les parties de corps mécaniques de Lady Mechanika. Mais pour ne pas copier-coller, ce ne sont pas ses jambes et ses bras qui seront mécaniques mais, au hasard, disons son cœur, son poumon et son bras gauches.
  • Piochons un défaut dans le chapeau à traits de caractère : cette personne a du mal à maîtriser sa colère
  • Piochons une qualité : débrouillarde

Voici la description de votre nouveau personnage :

Il s’agit d’une jeune femme blonde entre 25 et 35 ans, qui croit en l’ésotérique et a des réactions parfois inappropriées à certaines situations mais est toujours sympathique. Elle a eu un accident dans sa jeunesse et a eu une partie du corps détruit. Un expert en chirurgie expérimentale lui a remplacé le cœur, le poumon gauche et l’épaule gauche par des membres artificiels. Cette différence avec ses semblables a forcément eu des conséquences sur sa vie : elle a pu être rejetée par les autres et plutôt que de décider d’être sur la défensive, elle a un regard amusé et libre sur le monde. Elle n’a plus rien à perdre. Ce caractère libre lui a permis de ses faire des amis fidèles (à vous de les inventer), mais ils sont peu nombreux. Elle n’attend pas la même chose de la vie que les autres. Elle peut être aventurière, indépendante, ou œuvrer pour le bien de tous (—le bien de tous. Excusez, j’ai trop regardé Hot Fuzz). Elle s’habille en robe à crinoline soit parce que votre histoire se passe au 19e siècle, soit c’est une originale. C’est une personne de caractère et elle a du mal à maîtriser sa colère. Elle claque les porte comme Mlle Musso dans Parker Lewis ne perd jamais. Cela peut être un élément comique de votre histoire. Le fait d’avoir grandi à l’écart des autres l’a rendue débrouillarde, et elle est capable de se sortir de n’importe quelle situation, une fois qu’elle a retrouvé son sang froid.

Comment mettre en œuvre le processus créatif ?

Prenez des habitudes. Gardez toujours un carnet sur vous, ou prenez des notes dans votre téléphone. Vous pouvez :

  • brainstormer entre amis
  • faire la liste de ce qui vous a ému dans vos lectures
  • noter les idées qui vous plaisent, les traits de caractère que vous adorez chez certains personnages.
  • coller des costumes qui vous plaisent, des paysages que vous souhaitez réutiliser.
  • faire des planches de collage d’inspiration
  • noter des éléments sur des papiers, les mettre dans un chapeau et piocher au hasard

Mélangez tout ça.

Vous l’aurez compris, le processus créatif est un patchwork. C’est une manière de penser qui partira d’une idée pour vous amener à une autre. C’est envisager que tout peut-être assemblé, mélangé, divisé, réutilisé. Il ne faut pas avoir honte de recycler. C’est comme ça que ça fonctionne. C’est la beauté d’un mélange bien maîtrisé qui générera une vraie belle nouvelle référence. En attendant de le maîtriser, il faut au moins essayer. Comme dirait Shia : Do it !
C’est aussi envisager que TOUT est utilisable. Rien n’est à jeter. Ne rejetez pas les nanars, les films potaches, qui vous inspirerons peut-être des situations ou des personnages hauts en couleur.

Je vous ai déjà parlé du fait que je travaille toujours en écoutant une playlist spéciale. Cela fait également partie pour moi du processus créatif. Lorsque j’écris, les musiques m’inspireront des situations différentes selon ce qu’elles m’évoquent. J’aime le hasard du shuffle, car il influence l’ordre des choses dans mon histoire. Le hasard est essentiel car il apporte l’inattendu. Ce que vous n’avez pas envisagé est forcément bénéfique. De grandes idées et de grandes œuvres sont issues d’erreurs. Ce serait dommage de se priver du hasard juste par envie de tout contrôler.

D’ailleurs, l’erreur n’est jamais un échec, et l’échec n’en est jamais vraiment un, mais nous aurons le temps de revenir là dessus, n’est-ce pas ?

En tout cas, vous avez ici une base de ce qu’est le processus créatif. Bien entendu, il faut beaucoup de travail pour avoir de nombreuses idées à la minute, mais le travail, c’est à la portée de tous. J’espère pouvoir encore développer le sujet, n’hésitez pas à partager votre expérience et vos propres méthodes qui ne peuvent que contribuer à tous nous améliorer dans ce domaine.

Laissez donc vos créations issues du hasard en commentaire, j’adorerais partager ça avec vous. Si vous voulez que j’approfondisse plus certains aspects du processus créatif, il suffit de le demander, je serai ravie d’en faire un article !

Je vous souhaite une très belle semaine pleine de créativité !

 

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